Brésil: L’homophobie est désormais un crime pour la Cour suprême

JUSTICE Il y a eu, en 2017 au Brésil, 387 meurtres et 58 suicides dus à l'« homotransphobie » selon l’ONG Grupo Gay da Bahia

20 Minutes avec agences

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Illustration couple gay.
Illustration couple gay. — Dolores Ochoa/AP/SIPA

C’est une avancée majeure dans l’un des pays qui comptent le plus grand nombre d’assassinats de personnes LGBT. Le Tribunal fédéral suprême (STF) du Brésil a décidé ce jeudi par huit voix contre trois de criminaliser l'homophobie, décrétant qu’elle est équivalente au délit de racisme. Les actes homophobes pourraient donc être punis d’une peine d’un à trois ans de prison ou d’amendes.

Le Congrès, actuellement à majorité conservatrice et sous forte influence des Eglises évangéliques, devra cependant élaborer une loi spécifique pour réprimer ce type de discriminations.

387 meurtres et 58 suicides en 2017

« Tout préjugé est une violence, a déclaré Carmen Luzia, juge au STF, pour expliquer son vote favorable. (…) Certains préjugés causent plus de souffrances que d’autres, parce que ce sont des blessures qui frappent la personne dans son foyer, qui séparent les parents des enfants, [qui séparent] les frères, les amis, pour le simple fait de tenter de vivre quelque chose qui se présente comme naturel ».

Selon l’ONG Grupo Gay da Bahia (GGB), qui collecte des statistiques nationales depuis quatre décennies, il y a eu en 2017 au Brésil 387 meurtres et 58 suicides dus à ce que l’association appelle « homotransphobie », c’est-à-dire les sentiments négatifs envers les homosexuels ou les transsexuels. Des chiffres en augmentation de 30 % par rapport à 2016.

Le Congrès en porte-à-faux

Les juges qui ont voté pour la criminalisation de l’homophobie ont estimé qu’en l’absence d’action au Congrès à ce sujet, le STF pouvait se saisir de la question. Mais les trois magistrats qui ont voté contre ont estimé que cette décision incombait au Congrès et non au STF.

« Seul le Parlement peut approuver [la définition] des délits et des peines, seul le Parlement peut légiférer sur le pénal », a déclaré l’un de ces juges, Ricardo Lewandowski.

L’annonce du STF a d’ailleurs causé le trouble au Congrès, qui s’est senti dépossédé de ses prérogatives. « La Constitution attribue au Congrès national la capacité de légiférer », a souligné la présidence du Sénat dans un communiqué.

Les Eglises contre cette mesure

Les Eglises pentecôtistes, qui comptent de nombreux représentants au Congrès brésilien, ne sont pas favorables à des initiatives comme celle qui a été approuvée jeudi par le STF.

Nombre de responsables de ces Eglises craignent que la criminalisation de l’homophobie ne restreigne la liberté d’expression de leurs pasteurs, qui rejettent les unions homosexuelles sur la base de textes religieux.