Qu'est-ce que l'Eufor?

UNION EUROPEENNE Quatre questions sur la force militaire de l'UE...

Faustine Vincent

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1) Qu’est-ce que l’Eufor ?
Cette force militaire européenne, financée par les 27 Etats membres de l’UE, a été déployée au Tchad et en République centrafricaine conformément à la résolution 1778 du conseil de sécurité de l’ONU du 25 septembre 2007. Dix-huit pays sont représentés sur le terrain. Composée de 3700 hommes, dont une grande majorité de Français, elle a pour mission de « contribuer à la protection des civils en danger, en particulier les réfugiés et les personnes déplacées », « faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire et la libre circulation du personnel humanitaire en contribuant à améliorer la sécurité dans la zone d'opérations », et « protéger les personnels des Nations-Unies ». L’Eufor a un mandat d’un an, qui s'achève le 15 mars 2009. Elle passera ensuite le relais à une force onusienne.
S’il s’agit de la plus grande opération militaire européenne jamais menée, les pays de l’UE ne sont pourtant pas les seuls à participer. Après l’arrivée de 62 Albanais cet été, un contingent de 200 Russes devrait rejoindre fin octobre les quelque 3300 hommes actuellement déployés sur le terrain. Des négociations sont également en cours avec la Croatie, l’Ukraine et la Macédoine.

2) Pourquoi avoir déployé cette force ?

« Il s’agit d’accélérer le dénouement de la crise du Darfour, dont l’impact régional déborde les frontières du Soudan, et favoriser le retour à la paix », résumait Christophe Prazuck, de l’Etat-major des Armées, dans la revue « Armées d’aujourd’hui » de mars dernier.
Le déploiement de l’Eufor est intervenu plus de trois ans après que l’ONU a dénoncé, en vain, des « crimes contre l’humanité et crimes de guerre » commis au Darfour.

Décidé à l’initiative de la France, il correspond également à la volonté française de renforcer l’Europe de la Défense, l’une des quatre priorités de Nicolas Sarkozy, président en exercice de l’Union européenne jusqu’à fin décembre.

3) A quelle hauteur participe la France ?
C’est le plus gros contributeur. Sur 3300 hommes, plus de 55% sont français. Ni l'Allemagne, ni le Royaume-Uni n’ayant souhaité envoyer des troupes pour cette opération européenne (ils ont simplement fourni 4 officiers et sous-officiers chacun pour participer aux Etats-majors), la France a dû fournir un contingent plus important que prévu, donnant à l’Eufor une coloration très française. Sur place, le commandement est aussi assuré par un Français, le général Jean-Philippe Ganascia.

Par ailleurs, la France est présente au Tchad, son ancienne colonie, de façon quasi-constante depuis l’indépendance du pays en 1960. Depuis 1986, un millier de soldats français sont déployés dans le cadre de l’opération Epervier, dont l’aide en matière de renseignement a permis à l’armée tchadienne de repousser plusieurs attaques rebelles. Cette force, composée d’un millier hommes, dispose de moyens terrestres et aériens indépendants de son contingent intégré dans l’Eufor.

4) Comment le Tchad perçoit-il cette force ?

D’abord rétif au déploiement de l’Eufor, le président Deby utilise l’affaire de l’Arche de Zoé fin 2007 pour reprendre la main sur la scène internationale et regagner en popularité auprès de la population en se posant en défenseur du pays contre ce qu’il qualifie de « néocolonialisme ». En accusant l’ONG française d’enlèvements d’enfants en vue de « trafic d’organes » et de « pédophilie », il oblige la France à ménager son allié tchadien pour que le déploiement de l’Eufor, déjà laborieux, ne soit pas compromis.

La donne change en février 2008. Le président Deby échappe alors de justesse à une tentative de renversement par des rebelles tchadiens, qu’il accuse d’être soutenus par le Soudan (le Tchad et le Soudan s’accusent réciproquement de tentative de déstabilisation en armant les rebelles des deux pays, ndlr). L’Eufor sera, croit-il, le moyen de faire rempart contre ces attaques. Il réclame donc le déploiement au plus vite de cette force… dont le mandat ne comprend pourtant pas le soutien au régime tchadien. Parallèlement, les rebelles accusent l’Eufor de partialité au motif qu'elle est constituée essentiellement de militaires français, et menacent d'attaquer les soldats de cette force.

Nouveau revirement en juin dernier. Le président Deby est confronté à une nouvelle offensive des rebelles contre N’Djamena. Critiquée pour le soutien qu’elle lui a apporté lors de la dernière attaque en février, la France affirme qu’elle « n’interviendra plus » dans le conflit tchadien, en tout cas pas militairement, comme elle l’avait fait en 2006. Le lendemain, Deby remet en cause la présence de l’Eufor au Tchad, l’accusant de « coopérer avec les envahisseurs ». « La mission de l’Eufor n’a pas changé », rétorque l’intéressée, qui clame sa « neutralité » et son « impartialité » pour tenter de ne pas être instrumentalisée par les forces en place dans la région.