VIDEO. Hong Kong: La peur de l'extradition vers la Chine plonge le territoire dans des violences sans précédent

HONG KONG Des dizaines de milliers de Hongkongais étaient descendus dans la rue pour dénoncer un projet de loi gouvernemental visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale

20 Minutes avec AFP

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La police fait usage de gaz lacrymogènes sur les manifestants à Hong Kong, le 12 juin 2019.
La police fait usage de gaz lacrymogènes sur les manifestants à Hong Kong, le 12 juin 2019. — Alvin Chan / SOPA Images/Sipa US/SIPA

Hong Kong a été ébranlé mercredi par les pires violences politiques depuis sa rétrocession à la Chine, la police ayant fait usage de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogène contre les manifestants qui bloquaient les grandes artères et tentaient de faire irruption dans le Parlement. Plus de 70 personnes ont au total été blessées, d’après les services de santé cités par le média local RTHK.

Des dizaines de milliers de Hongkongais vêtus de noir, pour la plupart des jeunes gens, étaient à nouveau descendus dans la rue pour dénoncer un projet de loi gouvernemental visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Les affrontements ont éclaté près du Conseil législatif (LegCo, Parlement) où le texte aurait dû être débattu en deuxième lecture. Tandis que la foule enflait, l’assemblée dominée par les députés pro-Pékin a annoncé le report des débats à une « date ultérieure ».

L’Union européenne dit « partager » leurs inquiétudes

La cheffe de l’exécutif local, Carrie Lam, qui exclut de retirer le texte, a dénoncé des « émeutes organisées ». « Les émeutes qui touchent une société pacifique en ignorant la loi et la discipline sont inacceptables pour toute société civilisée », a-t-elle réagi dans une vidéo.

De son côté, le président américain, Donald Trump, a dit mercredi espérer que les manifestants soient « capables de trouver une solution avec la Chine », sans se prononcer sur le bien-fondé de leurs revendications. L’Union européenne a quant à elle appelé au « respect » des droits des protestataires, tout en soulignant « partager plusieurs » de leurs inquiétudes.

Les affrontements faisaient écho à l’immense « Mouvement des parapluies » en faveur de la démocratie de l’automne 2014, quand les manifestants avaient paralysé pendant deux mois des quartiers entiers de la mégapole et combattu les policiers. Mais sans arracher de concessions à Pékin.

 

« La journée la plus grave depuis la rétrocession » en 1997

Mais cette fois, la police semblait déterminée à ne pas les laisser occuper le terrain. Elle a repoussé les contestataires qui tentaient d’entrer dans le LegCo à coups de matraque et avec du gaz poivre, pour finir par tirer des balles en caoutchouc et à recourir à du gaz lacrymogène. Elle a également fait usage de « projectiles en sachet », des sacs remplis de billes en plomb.

Les manifestants n’ont pas été en reste, jetant barres de métal, bouteilles ou encore pavés. « Je vais continuer de me battre », a déclaré mercredi soir Kevin Leung, un manifestant de 20 ans. « On va continuer jusqu’à ce que notre objectif soit atteint. »

Le chef de la police, Stephen Lo, a défendu ses troupes, déclarant qu’elles avaient fait preuve de « retenue » jusqu’à ce que des « gangsters » tentent de prendre le LegCo. Mais, pour Amnesty International, la police « a profité des actes violents d’une petite minorité pour en tirer prétexte et recourir à un usage excessif de la force contre la vaste majorité des manifestants pacifiques ». « En termes de violences politiques, c’est la journée la plus grave depuis la rétrocession » par Londres du territoire à Pékin en 1997, a commenté l’analyste Dixon Sing. « Le peuple de Hong Kong croit de plus en plus que le gouvernement est constitué de marionnettes servant les intérêts de Pékin. Il voit ça comme sa dernière bataille », juge-t-il.