Tchétchénie: Des femmes au volant de taxis pour transporter des femmes

FEMINISME La fondatrice a eu cette idée en réalisant qu’elle préférait être conduite par des femmes

20 Minutes avec AFP

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Une femme demandant un taxi, illustration
Une femme demandant un taxi, illustration — Pixabay

En Tchétchénie, la compagnie de taxis Mekhkari, lancée au printemps, propose ses services uniquement aux  femmes, accompagnées ou non d’enfants. Ce positionnement commercial séduit toute une clientèle, explique Fatima, une des conductrices de la compagnie : les maris qui refusent de laisser monter leur femme dans une voiture avec un autre homme ; des hommes et des femmes persuadés que les femmes conduisent plus prudemment…

Dans les bureaux spartiates de Mekhkari, qui veut dire « filles » en tchétchène, la fondatrice Madina Tsakaïeva dit avoir eu cette idée en réalisant qu’elle préférait être conduite par des femmes, qui sont rarement au volant de taxis dans les rues de Grozny, tout comme ailleurs en Russie.

Cinq voitures et cinq conductrices

« C’était très rare pour notre ville. On a donc fait une étude sur les réseaux sociaux pour voir comment les gens accueilleraient l’idée de taxis réservés aux femmes », explique la fondatrice. Le projet a finalement pu voir le jour grâce à un financement du fonds émirati Zayed, qui a ouvert une filiale en Tchétchénie en 2017. Le montant de ce soutien financier n’a pas été précisé.

La compagnie de taxis Mekhkari dispose pour le moment de cinq voitures et emploie cinq conductrices. Le fonds Zayed a jugé cette initiative de taxis pour femmes « commode du point de vue des normes religieuses et des traditions », sur son compte Instagram en mars.

Des leçons de conduite aux femmes

« A l’époque soviétique, on pouvait compter le nombre de femmes au volant sur les doigts d’une main. Toute la république les connaissait, elles et l’histoire de leurs vies », souligne Libkan Bazaïeva, coordinatrice de l’ONG locale « Les femmes pour le développement ».

Pour changer les choses, son organisation a commencé en 2008 à donner des leçons de conduite gratuites à une centaine de femmes, dont la moitié s’est mise à conduire dans les rues de Grozny, provoquant la surprise chez les policiers de cette ville de 270.000 habitants dans le Caucase russe.

Aujourd’hui, les femmes sont nombreuses au volant en Tchétchénie, mais très peu en font leur profession dans cette société musulmane conservatrice.