Liban: un dialogue sous condition

CRISE Les ténors politiques du pays se retrouvent ce mardi pour tenter de trouver une solution...

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

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AFPTV

Ils sont tous arrivés au compte-goutte au palais présidentiel de Baabda, un peu avant midi, ce mardi. Tous sauf un, Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, qui s’est fait représenter par Mohammad Raad, chef du groupe parlementaire du Parti de Dieu. Les ténors de 14 partis politiques ont donc répondu présent à l’appel-surprise lancé la semaine dernière par le président Michel Sleimane.

Elu fin mai après une semaine sanglante de combats interlibanais (entre 65 et 200 morts selon les sources) et l’accord de Doha ayant mis un terme à une crise politique de 18 mois, Sleimane a choisi de prendre l’initiative. En effet, l’ancien chef de l’armée libanaise ne compte pas être un Président d’apparat comme ses deux prédécesseurs. Il a donc invité les frères ennemis d’hier à reprendre un «dialogue national» entamé au printemps 2006.

Mais depuis, une guerre avec Israël et un interminable bras de fer constitutionnel ont changé la donne: si en 2006, le désarmement du Hezbollah figurait sur le plan de travail, il est aujourd’hui hors des débats. Même les grandes figures de la majorité parlementaire dite du «14 mars», farouchement opposées au Hezbollah, en conviennent.

Les participants d'aujourd'hui sont les adversaires de demain

Aujourd’hui, l’ordre du jour est sensiblement différent: les leaders libanais vont réfléchir sur une «stratégie de défense» commune entre l’appareil militaire du parti de Nasrallah et l’armée libanaise, largement sous-équipée. Ces derniers jours, le Hezbollah avait d’ailleurs précisé que la réussite du «dialogue» ne serait envisageable que si tous les partenaires se mettaient d’accord sur un point, à savoir l’acceptation de l’ennemi commun de la nation, Israël.

Avec cette relance du «dialogue», Sleimane espère en tout cas éloigner le spectre d’un affrontement interne, alors que la situation sécuritaire dans le pays laisse toujours à désirer. Après l’assassinat mercredi dernier du leader druze Saleh Aridi, des grenades ont explosé lundi dans le quartier de Mazraa à Beyrouth (pas de victimes), tandis que des heurts éclataient dans la plaine de la Bekaa et dans le camp de réfugiés palestiniens d’Aïn el-Helwé à Saïda (3 morts). Le président libanais, qui doit s’envoler dimanche prochain pour New York où il participera à l’assemblée générale de l’ONU, sait que la partie est loin d’être gagnée, les 14 participants autour de la table aujourd’hui étant les adversaires de demain pour les législatives du printemps 2009.