Des étudiantes à Kaboul en 1972.
Des étudiantes à Kaboul en 1972. — Laurence Brun/GAMMA RAPHO

FAKE OFF

Des Afghanes plus libres dans les années 1970? Pourquoi cette photo d’étudiantes à Kaboul ne le prouve pas

Un cliché montrant trois jeunes filles vêtues de minijupes à Kaboul est détourné pour tenter de prouver que les Afghanes bénéficiaient de plus de liberté à l’époque. Les étudiantes sur la photo faisaient partie d’une classe aisée, non représentative de l’ensemble de la population

  • Une photo montrant trois étudiantes vêtues à l’occidentale à Kaboul en 1972 est opposée à des photos plus récentes montrant des femmes portant la burqa, pour illustrer une supposée plus grande liberté des femmes afghanes dans les années 1970.
  • Les étudiantes qui portaient la minijupe appartenaient à une élite et ne représentaient pas l’ensemble de la population.

Les femmes afghanes étaient-elles plus libres dans les années 1970 qu’aujourd’hui ? C’est ce que veulent prouver certains internautes, en opposant deux images : une photo prise en 1972 à Kaboul montrant des étudiantes vêtues de minijupes et une seconde photo prise dans la capitale afghane en 2012, montrant un groupe de femmes portant une burqa. En 2017, selon le Washington Post, un des conseillers de Donald Trump aurait même utilisé la première image pour convaincre le président d'envoyer plus de troupes américaines en Afghanistan.

Cette publication Facebook compare deux photos de Kaboul, prises en 1972 et 2013.
Cette publication Facebook compare deux photos de Kaboul, prises en 1972 et 2013. - Capture d'écran Facebook

Pourtant, l’histoire racontée par ces deux photographies n’est pas si simple. Laurence Brun, la photographe qui a pris la photo en 1972, explique que ces tenues étaient réservées à un quartier de la ville : « Dans le quartier de Shar-e-Naü (ville nouvelle), quelques jeunes filles émancipées portent la minijupe malgré les critiques virulentes de la majorité des Afghans encore fidèles aux traditions musulmanes. » Selon la photographe, des « mollahs, prêtres musulmans, n’hésitent pas à jeter de l’acide sur les jambes nues de ces jeunes effrontées. »

« Les jeunes filles qui portaient ces tenues appartenaient plutôt à l’élite »

Ces jeunes filles jambes nues appartenaient à un groupe social bien identifié, confirme à 20 Minutes Thomas J. Barfield, professeur d’anthropologie à l’université de Boston, qui a vécu à Kaboul dans les années 1970 : « Les jeunes filles qui portaient ces tenues appartenaient plutôt à l’élite, à la population qui faisait des études – et il y avait peu de personnes diplômées du supérieur à l’époque, que ce soient des hommes ou des femmes. » Les étudiantes fréquentaient le quartier de l’université et il y avait peu de chances de les croiser dans le vieux Kaboul, plus traditionnel.

En dehors de la capitale, où se trouvaient à l’époque les seuls établissements d’enseignement supérieur du pays, le seul endroit où l’on croisait des Afghans habillés à l’occidental était dans les bâtiments de l’administration, se souvient Thomas J. Barfield.

« Les hommes ne montraient pas non plus leur corps »

« La société afghane est très pudique, rappelle le professeur. Si vous regardez les hommes, ils ne montraient pas leur corps non plus. Si des Occidentaux portaient des shorts et montraient leurs jambes, des Afghans s’énervaient. »

Dans les années 1970, les femmes jouissaient de droits acquis depuis plusieurs années : droit de vote (obtenu en 1919), une constitution plus équitable depuis 1964…

Les Afghanes « continuent d’être confrontées à une discrimination persistante »

Actuellement, près de 28 % des parlementaires sont des femmes. A Kaboul, dans certains cafés, les femmes « sont habillées de manière très moderne », souligne Thomas J. Barfield.

Toutefois, les femmes afghanes « continuent d’être confrontées à une discrimination persistante, à de la violence, à du harcèlement de rue, à des mariages forcés et à des mariages d’enfants, à des accès très restreints au travail et à l’éducation en dehors du foyer, et à un accès limité à la justice », rappelle l’ONU. 17 % des femmes sont alphabétisées. La conséquence de quatre décennies de guerre.

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