Thaïlande: Quatre députés transgenres font une entrée historique au Parlement

SCRUTIN Une nouvelle génération de politiques a émergé lors de ce scrutin

20 Minutes avec AFP

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Tanwarin Sukkhapisit le 5 juin 2019 au Parlement thaïlandais (deuxième rang en partant du haut, deuxième en partant de la gauche).
Tanwarin Sukkhapisit le 5 juin 2019 au Parlement thaïlandais (deuxième rang en partant du haut, deuxième en partant de la gauche). — Lillian SUWANRUMPHA / AFP

Tanwarin Sukkhapisit est l’une des deux premières députées transsexuelles de Thaïlande. Une révolution dans le royaume, réputé tolérant en matière d’orientation sexuelle même si des discriminations perdurent à l’encontre de la communauté LGBT.

Pour la première fois dans le pays, quatre transgenres ont fait leur entrée dans l’hémicycle à l’issue des législatives de mars. Mercredi, ils ont voté, aux côtés de 745 parlementaires pour choisir le futur Premier ministre. Leur candidat, le patron de Future Forward, le parti d’opposition sous l’étiquette duquel ils concouraient, a perdu la bataille face au chef de la junte, Prayut Chan-O-Cha.

« On ne devrait pas nous imposer un genre »

Malgré cela, « je ne suis pas là pour faire de la figuration, je veux écrire une nouvelle page de l’histoire » de la Thaïlande, assure Tanwarin Sukkhapisit, 45 ans, symbole d’une nouvelle génération de politiques, qui a émergé lors de ce scrutin. « Quand je suis arrivée habillée en femme au Parlement, cela a créé des débats parfois virulents sur les réseaux sociaux. C’est ce que je veux car je veux voir une vraie démocratie émerger dans mon pays », assure-t-elle.

Née dans la province pauvre de l’Issan, Tanwarin Sukkhapisit a commencé à 17 ans à s’habiller en femme, mais elle ne veut pas être enfermée dans une identité sexuelle particulière. « Je n’entre dans aucune des deux cases. La société ne devrait pas nous imposer un genre », estime la députée actuellement à l’affiche d’une pièce de théâtre « Trans, I Am » («Trans, Je Suis »).

Son désir de politique est venu plus tard. Réalisatrice sur la communauté LGBT, un de ses films, « Insects in the Backyard » (Insectes sur cour), diffusé à l’international, a été censuré en Thaïlande pour avoir « offensé la morale ». Ce n’est qu’après une bataille juridique de cinq ans et la suppression d’une scène de nudité de trois secondes que le long-métrage a pu être diffusé. « J’ai compris que faire des films n’était pas suffisant. Il fallait entrer en politique pour que les lois changent », relève-t-elle.

L’illusion de la tolérance

Par rapport à de nombreux pays, la Thaïlande s’est bâti une réputation de tolérance à l’égard de la diversité sexuelle et les transgenres jouissent d’une grande notoriété dans le royaume. Ils apparaissent dans des publicités, des films, à la Une de magazines de mode et ont même leur concours de beauté, Miss Tiffany, visionné chaque année par des millions de téléspectateurs. Mais, cette apparente intégration cache une réalité plus sombre.

« Ils sont régulièrement victimes de discriminations dans leur emploi, ce qui oblige bon nombre d’entre eux à se lancer dans des professions faiblement rémunérées », note Kyle Knight, spécialiste des questions LGBT pour Human Rights Watch. Nombreux sont ceux qui sont rejetés par leur famille et, même si aucune estimation officielle n’est disponible, ils travaillent souvent dans l’univers du divertissement, notamment dans l’industrie du sexe, relèvent plusieurs ONG.

Beaucoup espèrent que l’entrée au Parlement de Tanwarin et de ses trois collègues marque un changement. « C’est une première étape pas seulement pour la communauté LGBT, mais pour les droits humains en général », se félicite Pauline Ngarmpring, première personne transgenre à avoir été candidate au poste de Premier ministre lors des dernières législatives.