Soudan: Plus de 35 morts dans la dispersion de manifestants par l'armée à Khartoum

AFFRONTEMENTS Les militaires ont appelé à des élections dans un délai de neuf mois

20 Minutes avec AFP

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Les manifestants bloquent une rue à l'aide de briques et de pneus en feu, le 3 juin 2016 à Khartoum.
Les manifestants bloquent une rue à l'aide de briques et de pneus en feu, le 3 juin 2016 à Khartoum. — ASHRAF SHAZLY / AFP

« Plus de 35 » personnes sont mortes et des centaines ont été blessées à Khartoum, capitale du Soudan, selon le comité des médecins. Le Conseil militaire a ordonné lundi la dispersion du sit-in installé depuis le début du mois avril devant le QG de l’armée. Une opération vivement condamnée à l’étranger.

Il s’agit du dernier bilan provisoire fourni par ce comité proche du mouvement de contestation. Débuté le 6 avril pour réclamer le départ du président Omar el-Béchir, déchu cinq jours plus tard par l’armée, ce rassemblement s’était poursuivi dans le but de réclamer le transfert du pouvoir aux civils.

Des pourparlers interrompus en mai

Les militaires ont annoncé dans la foulée ce mardi qu’ils annulaient les mesures sur lesquelles ils s’étaient mis d’accord avec les contestataires. Ils ont appelé à des élections dans un délai de neuf mois. Le général Burhane, le chef du Conseil, a ajouté que ces élections se tiendraient sous « une supervision régionale et internationale ». Le Conseil militaire de transition avait chassé du pouvoir le président Omar el-Béchir le 11 avril après des mois de manifestations populaires contre son régime autoritaire.

Les militaires s’étaient mis d’accord avec les contestataires pour une période de transition de trois ans avant la transmission du pouvoir à une administration civile. Les deux parties avaient aussi décidé que pendant la période de transition, le Parlement serait composé de 300 membres dont environ deux tiers proviendraient de l’ALC et le reste d’autres groupes politiques. Les pourparlers s’étaient interrompus le 20 mai. Des milliers de manifestants continuaient toutefois à camper devant le quartier général de l’armée, appelant les généraux à céder le pouvoir, lorsque les forces de sécurité ont dispersé le rassemblement.

Une dispersion condamnée

A la suite de la dispersion du sit-in, l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC, fer de lance de la contestation) a également annoncé lundi « la fin de tous les contacts et négociations politiques avec le Conseil putschiste ». Le général Burhane a déclaré que le Conseil ordonnerait une enquête. « Le Conseil militaire promet une enquête sur les événements » et « invite le procureur général à en prendre la responsabilité », a dit le général dans sa déclaration diffusée à la télévision.

L’opération a suscité de vives critiques à l’étranger. Les Etats-Unis et l’ONU ont condamné la dispersion violente du sit-in. Le Royaume-Uni et l’Allemagne ont demandé une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette réunion, à huis clos, devrait se tenir mardi, selon des diplomates.