Angela Merkel au coté de ses alliés pendant la campagne européenne, le 24 mai 2019
Angela Merkel au coté de ses alliés pendant la campagne européenne, le 24 mai 2019 — Christof STACHE / AFP

EUROPEENNES

Allemagne: La dauphine d'Angela Merkel empêtrée dans un bras de fer avec des YouTubeurs

La chancelière Angela Merkel a défendu la nouvelle cheffe de la CDU critiquée sur les réseaux sociaux

La chancelière Merkel au secours de sa dauphine. Annegret Kramp-Karrenbauer, la cheffe des chrétiens-démocrates (CDU) et dauphine pressentie de la chancelière allemande était empêtrée mardi dans la polémique pour avoir accusé de « manipulation électorale » des Youtubeurs qui, au nom du climat, ont pris fait et cause aux Européennes contre la coalition gouvernementale.

Une polémique « absurde »

Angela Merkel a toutefois volé au secours d’Annegret Kramp-Karrenbauer mardi dans la soirée, après un sommet à Bruxelles, en lui apportant son soutien et qualifiant la polémique d'« absurde ». « Tous ceux que je connais à la CDU (…) prônent la liberté d’expression comme principe de base », a dit la chancelière.

Un parti à la dérive ?

Avant cette polémique, avait déjà eu lieu une première passe d’armes entre la cheffe des chrétiens-démocrates (CDU) et un Youtubeur en vue. « AKK », qui a succédé à la chancelière Angela Merkel à la tête de la CDU en décembre, a fait une remarque controversée en analysant le résultat des élections européennes. Ce parti a enregistré, malgré sa victoire, le pire score de son histoire, et son partenaire social-démocrate (SPD) a été relégué derrière les Verts. Des résultats qui posent la question de la survie du gouvernement à moyen terme.

Pour la patronne de la CDU, ces résultats sont notamment dus à une vidéo de dizaines de Youtubeurs qui ont dénoncé le bilan du gouvernement en matière environnementale, l’Allemagne n’atteignant pas ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Comment réagirait le pays si 70 journaux appelaient ensemble, à deux jours d’un scrutin, à voter contre la CDU et le SPD ? Ça aurait été de la manipulation électorale », a commenté « AKK », suggérant d’imposer des règles au « monde numérique ».

Rapidement les mots-dièse « censure » ou « AKKdémission » étaient en tête des tendances sur Twitter. Deux influenceurs de Youtube, Marmelandenoma (Mamieconfiture), 87 ans, et HerrNewstime, 29 ans, ont quant à eux mis en ligne une pétition qui a permis de collecter 32.000 signatures en moins de 24 heures pour dire « Non, Madame Kramp-Karrenbauer ».

Critiques internes

Le patron de l’Union des journalistes allemands, Frank Überall, a dénoncé « un non-sens » témoignant d'« une impuissance à communiquer à l’ère du numérique ». Le secrétaire général du SPD, Lars Klingbeil, a condamné des propos « absurdes ». AKK a essayé de préciser son propos lundi et mardi, réaffirmant son attachement à la liberté de la presse, tout en prônant un débat sur les règles du jeu électoral, à l’heure d’internet.

« Si ce n’est pas à l’approche des élections qu’on débat du fond, quand peut-on le faire ? Kramp-Karrenbauer veut-elle un monopole des partis sur la formation de l’opinion publique ? », ironise le magazine Der Spiegel.

Risque de débats au sein de la CDU

Mais cette question risque aussi d’empoisonner la CDU en interne. L’ex-concurrent malheureux d’AKK à la tête du parti, Friedrich Merz, a vivement critiqué la chancelière sur sa politique environnementale mardi. « Après le résultat de ces élections européennes, la CDU doit se demander pourquoi, après 14 ans de + chancelière du climat +, nous manquons nos objectifs climatiques », a affirmé Friedrich Merz au magazine Der Spiegel.

Clivage générationnel

Au départ, il y a une semaine, la CDU avait tenté d’ignorer puis avait dénigré le Youtubeur de renom Rezo qui, dans une vidéo appelée « La destruction de la CDU », démontait ses politiques jugées mauvaises pour le climat, favorable aux riches et aux retraités. Mme Kramp-Karrenbauer l’a alors accusé de monétiser ses « clics », même si sur ce contenu, les publicités sont suspendues. Voyant la vidéo devenir virale -12 millions de vues à ce jour-, la CDU a, pour se rattraper, invité l’influenceur à une rencontre.

En guise de réponse, Rezo, associé à des dizaines d’autres Youtubeurs aux millions d’abonnés, a appelé à voter contre la CDU et le SPD aux Européennes.

S’il est difficile de dire si ces vidéos ont pesé, l’analyse post-électorale de ces élections démontre que la CDU a perdu le vote des jeunes mais dispose de marges confortables chez les plus de 60 ans, une classe d’âge en pleine expansion et qui constitue déjà 36 % de l’électorat. A l’inverse, les Verts, arrivés en deuxième position, sont en tête de toutes les classes d’âges jusqu’à 44 ans, avec une avance notable chez les moins de 30 ans.

Ce clivage générationnel est d’autant plus visible avec la popularité croissante des « Fridays for future », ces manifestations de jeunes grévistes de l’école tous les vendredis matin pour le climat.