VIDEO. Trump vs Pelosi: L'impeachment, une arme à double tranchant

POKER MENTEUR Après un long week-end férié, les hostilités vont reprendre entre le président américain et la cheffe des démocrates

Philippe Berry

— 

La cheffe des démocrates au Congrès, Nancy Pelosi, et Donald Trump, le 22 mai 2019 (photomontage).
La cheffe des démocrates au Congrès, Nancy Pelosi, et Donald Trump, le 22 mai 2019 (photomontage). — Sipa/AP

Ouvrir une procédure d’impeachment ou pas, telle est la question. Face à la pression d’élus de son propre camp, qui estiment que l’heure a sonné d’attaquer Donald Trump frontalement, Nancy Pelosi joue la montre. La semaine dernière, la Speaker de la Chambre a expliqué après une réunion tendue que l’impeachment (une mise en accusation qui peut aboutir à une destitution) est un sujet « qui divise profondément » les Etats-Unis, et qu'« on n’en est pas là ». Elle est allée plus loin, assurant que Donald Trump « désirait un impeachment ». Explications.

L’impeachment est un processus politique. La définition de « crimes graves » est floue, et laissée à l’interprétation de chaque élu. Le début de la procédure est facile : il suffit d’un vote de la Chambre à la majorité simple. Les démocrates, qui ont regagné le contrôle en novembre dernier, pourraient serrer les rangs et voter demain s’ils le voulaient. La suite, en revanche, est plus compliquée : lors du procès au Sénat, il faut un vote à la majorité des deux tiers (67 sénateurs sur 100) pour destituer un président. En plus de 200 ans, ce n’est jamais arrivé. Andrew Johnson, en 1868 et Bill Clinton, en 1998-1999, ont été mis en accusation (impeached) par la Chambre mais innocentés par le Sénat.

La popularité de Bill Clinton au plus haut après l’impeachment

Avec seulement 47 sièges, les démocrates auraient besoin que 20 sénateurs républicains lâchent Donald Trump. A moins d’un retournement de situation extraordinaire, ça n’arrivera jamais. Même Mitt Romney, qui a pourtant critiqué le président américain avec une rare violence, estime qu’il n’y a pas assez de preuves d’une culpabilité sur l’obstruction à la justice – un point que le procureur Robert Mueller n’a pas tranché, renvoyant la balle au Congrès.

Ce dont Nancy Pelosi a peur, c’est que le processus se retourne contre les démocrates et contribue à faire réélire Donald Trump en 2020. Lors de l’impeachment de Bill Clinton, ce qui avait été perçu comme de l’acharnement des républicains avait propulsé sa cote de popularité à ses plus hauts de son double mandat, à 73 %. A ce stade, Nancy Pelosi préfère laisser l’enquête ouverte par le comité judiciaire de la Chambre suivre son cours, même si la Maison Blanche refuse de coopérer.

Donald Trump, lui, a assuré qu’il ne « voulait pas » d’un impeachment. Mais l’un de ses lieutenants, Chris Christie, est prêt au combat. Sur MSNBC, il a répondu avec le sourire : « S’ils veulent le faire, game on. »

En images : La Battle royale de la primaire démocrate pour défier Trump