Brésil: Des habitants de favelas manifestent contre la violence policière à Rio

DROITS DE L'HOMME D’après les chiffres de l’Institut de sécurité publique du gouvernement de​ (ISP), 588 personnes ont été tuées lors d’opérations policières entre janvier et avril

20 Minutes avec AFP

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Une manifestation à Rio le 26/05/2019 contre les violences dans les favelas.
Une manifestation à Rio le 26/05/2019 contre les violences dans les favelas. — (AP Photo/Silvia Izquierdo)

« Arrêtez de nous tuer. » C’est sous ce mode d’ordre, que plusieurs centaines d’habitants de favelas de Rio de Janeiro et de militants associatifs sont descendus dans la rue dimanche pour dénoncer la hausse de la violence policière depuis l’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouverneur, allié du président d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Les manifestants se sont rassemblés sur la promenade de la plage d’Ipanema, un des quartiers les plus chics de la ville, entouré de nombreuses favelas nichées sur les collines environnantes. A quelques centaines de mètres de là, plusieurs milliers de personnes prenaient part à des manifestations pro-Bolsonaro, réclamant notamment une approbation plus rapide par le congrès de réformes du gouvernement, parmi elles des mesures sécuritaires musclées.

588 personnes ont été tuées

« Mettez fin au génocide dans les favelas », criaient les manifestants à Ipanema, accusant le gouverneur Wilson Witzel de mettre en place une politique sécuritaire de la gâchette facile pour lutter contre la criminalité. D’après les chiffres de l’Institut de Sécurité Publique du gouvernement de Rio​ (ISP), 588 personnes ont été tuées lors d’opérations policières entre janvier et avril, une hausse de 19 % par rapport à la même période en 2018.

Ce total est le chiffre trimestriel le plus élevé depuis que cette statistique est établie par les autorités en 1998. André Constantine, du mouvement « A Favela nao se cala » (La favela ne se tait pas), a dénoncé « une politique de guerre contre le trafic de drogues sur fond de génocide du peuple noir ».

Les règles du port d’arme assouplies par Bolsonaro

« Toutes les vingt-trois minutes, un jeune noir est assassiné au Brésil. Et 77 % des personnes assassinées au Brésil sont noires », a-t-il ajouté, citant des chiffres prenant en compte le nombre de meurtres total, liés ou non à une intervention policière. Les manifestants ont également dénoncé le décret du président Bolsonaro qui assouplit les règles de l’attribution du port d’arme, qui pourrait selon ses détracteurs bénéficier aux milices parapolicières qui sèment la terreur dans les quartiers populaires de Rio.

De nombreuses critiques ont également fusé au sujet du projet de loi anticriminalité soumis au Congrès par le ministre de la Justice et de la Sécurité publique Sergio Moro, qui élargit entre autres la notion de légitime défense pour les policiers. C’est justement ce projet de loi que les manifestants pro-Bolsonaro ont soutenu à Copacabana, au même titre que la réforme des retraites.