Le parmesan, nouvelle source de tension entre la France et l’Italie

FROMAGE L’hypothèse d’un rachat par Lactalis du groupe Nuova Castelli, l’un des principaux exportateurs du Parmigiano Reggiano, fait bondir en Italie

20 Minutes avec agences

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Des meules de parmesan (illustration).
Des meules de parmesan (illustration). — Pixabay / zalazaksunca

Le parmesan risque de refroidir encore un plus les relations entre la France et l’Italie, déjà tendues depuis plusieurs mois. Selon la presse de la péninsule, le géant français Lactalis serait intéressé par un éventuel rachat du groupe Nuova Castelli, l’un des principaux exportateurs du Parmigiano Reggiano et qui compte aussi dans son escarcelle des marques de gorgonzola et de mozarella.

Cette hypothèse soulevait ce jeudi une levée de boucliers en Italie, où le ministre de l’Agriculture a promis de « protéger l’agroalimentaire italien de l’assaut des multinationales étrangères ». Interrogé par l’AFP, Lactalis s’est refusé à commenter cette information.

« L’énième défi entre l’Italie et la France »

Marque historique italienne, fondée en 1892, Nuova Castelli a réalisé un chiffre d’affaires de 460 millions d’euros l’an passé et compte un millier d’employés. Depuis 2014, le groupe est détenu à quelque 80 % par le fonds britannique Charterhouse.

Selon les médias, ce fonds réfléchirait soit à faire entrer un partenaire soit à vendre le groupe. Parmi les autres acheteurs potentiels figurerait l’italien Granarolo. Contacté par l’AFP, il s’est lui aussi refusé à tout commentaire.

« Il se profile l’énième défi entre l’Italie et la France (…) Mais cette fois, le défi se déroule sur un terrain de compétition traditionnel, celui des fromages », soulignait jeudi matin Il Corriere della Sera.

« Défendre les marques historiques » italiennes

« Lactalis détient déjà un tiers du marché national dans les compartiments stratégiques du secteur laitier-fromager. Il faut arrêter la vente du Parmigiano Reggiano aux Français pour ne pas répéter les erreurs du passé, avec la cession de Parmalat à Lactalis », a martelé Ettore Prandini, le président de la Coldiretti, le principal syndicat agricole en Italie.

Il a demandé au gouvernement de réagir, en soulignant la nécessité de « défendre les marques historiques », en créant une alliance entre acteurs italiens pour une éventuelle reprise. Gian Marco Centinaio, le ministre de l’Agriculture qui s’est notamment opposé au traité de libre-échange entre le Canada et l'UE, n’a pas tardé à réagir mercredi soir.

« Nous ferons tout pour protéger l’agroalimentaire italien de l’assaut des multinationales étrangères. Le Parmigiano Reggiano est l’un des produits les plus représentatifs du made in Italy, une fierté de notre excellence gastronomique », a affirmé le ministre issu du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème).

L’Italie s’agace

Lactalis a déjà acquis de nombreuses marques italiennes, comme Galbani, Invernizzi, Cadermartori, Vallelata et Parmalat. Pour Parmalat, il en avait pris le contrôle en 2011 via une OPA hostile, qui avait déjà suscité un vif émoi en Italie et que Rome avait tout fait pour bloquer.

Les Italiens s’agacent régulièrement de l’hégémonie économique française dans leur pays, où nombre d’entreprises sont tombées sous escarcelle tricolore, notamment dans le luxe (Gucci, Loro Piana, Fendi…) et la banque.