Portugal: Huit policiers condamnés pour avoir séquestré, agressé et insulté des jeunes

RACISME « C’est une décision inédite, mais les peines sont dérisoires », a regretté l’une des victimes après le verdict

20 Minutes avec agences

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Neuf des dix-sept policiers poursuivis ont été acquittés.
Neuf des dix-sept policiers poursuivis ont été acquittés. — Global Media Group/Sipa USA/SIPA

Huit policiers portugais ont été condamnés lundi par le tribunal de Sintra pour avoir séquestré, agressé et insulté six jeunes issus de l’immigration africaine dans un commissariat de la banlieue de Lisbonne.

Plus de quatre ans après les faits, les agents ont écopé de peines cumulées allant de deux mois à cinq ans de prison avec sursis. Un seul, en état de récidive, a été condamné à une peine de prison ferme, d’un an et demi. Neuf autres policiers ont été acquittés par le tribunal, qui n’a pas retenu les accusations de torture ou la motivation raciste des agressions, a expliqué la juge Ester Pacheco.

« Un grave cas d’abus d’autorité »

Le tribunal a considéré être devant « un grave cas d’abus d’autorité » de la part des policiers, qui ont procédé à des interpellations « non justifiées » et tenté ensuite d’expliquer leur conduite par une « supposée tentative d’invasion » de leur commissariat, a-t-elle ajouté.

Les faits remontent à février 2015, après l’arrestation d’un jeune homme du quartier de Cova da Moura, dont la majorité de la population est originaire du Cap-Vert, une ancienne colonie du Portugal. Les cinq autres s’étaient rendus au commissariat pour protester contre cette interpellation quand ils ont été arrêtés à leur tour. A l’époque, ils étaient âgés de 23 à 25 ans.

Une affaire sans précédent au Portugal

« C’est une décision inédite, mais les peines sont dérisoires », a réagi Celso Lopes, une des deux victimes présentes lundi dans la salle d’audience du tribunal de Sintra. D’après les médias locaux, c’est la première fois que sont condamnés au Portugal autant de policiers dans une affaire de cette nature.

« Ce cas vient souligner la nécessité d’un contrôle indépendant et extérieur de l’activité des forces de sécurité », a réagi le directeur de l’antenne portugaise de l’ONG Amnesty International, Pedro Neto. « L’Etat ne peut pas échouer auprès des victimes du racisme », a-t-il ajouté dans un communiqué.