Suède: Le parquet requiert la détention de Julian Assange, poursuivi pour viol

JUSTICE La justice suédoise a rouvert le 13 mai l’enquête criminelle visant Julian Assange

20 Minutes avec AFP

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Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, à Londres en 2012.
Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, à Londres en 2012. — Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA

En vue de l’émission d’un mandat d’arrêt européen contre Julian Assange, poursuivi pour un viol présumé commis en Suède en 2010, le parquet suédois a déposé, ce lundi, une demande de placement en détention du fondateur de WikiLeaks, déjà emprisonné en Grande-Bretagne.

« Je demande au tribunal le placement en détention d’Assange en son absence, en raison de soupçons de viol », a annoncé dans un communiqué Eva-Marie Persson, la procureure en charge de l’instruction, une semaine après la réouverture de l’enquête criminelle visant Julian Assange. La demande a été déposée auprès du tribunal d’Uppsala qui, selon la procédure suédoise, doit statuer au plus tard le lendemain de sa saisine.

Une des affaires d’agressions sexuelles prescrite

Eva-Marie Persson a précisé que si la demande de placement en détention était acceptée, elle émettrait un mandat d’arrêt européen afin d’obtenir le transfèrement en Suède de Julian Assange. La réouverture de l’enquête suédoise annoncée le 13 mai relance un feuilleton judiciaire qui dure depuis près d’une décennie, pendant laquelle Julian Assange et ses soutiens n’auront eu de cesse de dénoncer une manœuvre destinée à le faire extrader vers les Etats-Unis pour y répondre des fuites de documents secrets américains.

Julian Assange, 47 ans, a été arrêté à l’ambassade d’Equateur à Londres le 11 avril après que Quito lui avait retiré l’asile. Il a été condamné à 50 semaines de prison pour avoir violé les conditions de sa liberté surveillée en se réfugiant dans cette ambassade en 2012, pour éviter d’être remis à la Suède pour deux affaires d’agressions sexuelles, dont l’une a été frappée par la prescription.

Mandat d’arrêt européen ou extradition aux Etats-Unis ?

Le fondateur de WikiLeaks est aussi sous le coup d’une demande d’extradition des Etats-Unis, pour la publication par son site de nombreux documents confidentiels. Selon Eva-Marie Persson, « dans l’éventualité d’un conflit entre le mandat d’arrêt européen et une demande d’extradition de la part des Etats-Unis, les autorités britanniques décideront sur l’ordre de priorité. L’issue de ce processus est impossible à prévoir ».

WikiLeaks avait diffusé fin juillet 2010 quelque 70.000 documents confidentiels sur les opérations de la coalition internationale en Afghanistan, puis en octobre suivant 400.000 rapports concernant l’invasion américaine en Irak et, un mois plus tard, le contenu de quelque 250.000 câbles diplomatiques américains.

Un procès avant août 2020

La justice suédoise avait abandonné les poursuites en mai 2017, faute de pouvoir faire avancer l’enquête. Mais l’arrestation spectaculaire d’Assange le 11 avril à Londres avait ravivé l’espoir de la plaignante et de son avocate de le voir remis à la Suède en vue d’un procès avant la prescription en août 2020.

Âgée d’une trentaine d’années à l’époque des faits, en 2010, la plaignante avait rencontré son agresseur présumé lors d’une conférence de WikiLeaks à Stockholm. Elle l’accuse d’avoir engagé un rapport sexuel dans la nuit du 16 au 17 août, pendant qu’elle dormait et sans préservatif, alors qu’elle lui avait à plusieurs reprises refusé tout rapport non protégé. Julian Assange a toujours soutenu qu’elle était consentante et avait accepté de ne pas utiliser de préservatif.