Présidentielle américaine: Pourquoi Trump a de sérieuses chances d'être réélu en 2020

ETATS-UNIS L’économie au beau fixe place le locataire de la Maison Blanche en position de force, mais son impopularité pourrait tout changer

Philippe Berry

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Donald Trump lors d'un meeting politique à Green Bay, dans le Wisconsin, le 27 avril 2019.
Donald Trump lors d'un meeting politique à Green Bay, dans le Wisconsin, le 27 avril 2019. — Mike Roemer/AP/SIPA
  • La prochaine élection présidentielle américaine se tiendra dans dix-huit mois, le 3 novembre 2020.
  • Historiquement, quand l’économie se porte bien, les sortants sont presque toujours réélus.
  • Même si la cote de popularité de Donald Trump remonte, elle reste historiquement basse et pourrait l’handicaper.

De notre correspondant aux Etats-Unis,

« It’s the economy, stupid ! » Cette maxime de James Carville, le stratège en chef de Bill Clinton en 1992, illustre une tendance implacable : quand l’économie américaine va bien, un président sortant est presque toujours réélu. Avec le chômage au plus bas et Wall Street au plus haut, Donald Trump semble donc promis à la victoire en novembre 2020. Mais malgré une situation favorable, le locataire de la Maison Blanche reste historiquement impopulaire, un paradoxe qui rend tout pronostic difficile, surtout à dix-huit mois du scrutin.

L’économie va bien, mais c’est celle de 2020 qui compte

Mark Zandi, économiste chez Moodys Analytics, critique régulièrement le président américain, mais il est catégorique : « Si l’élection avait lieu aujourd’hui, Trump gagnerait, selon notre modèle. » Il est porté par le chômage, au plus bas depuis près d’un demi-siècle, à 3,6 %, et par une croissance annuelle autour de 3 %. Mais ce qui compte historiquement, c’est la performance de l’économie des six premiers mois de l’année de l’élection. « Si le chômage commence à remonter en 2020, il a davantage de chances de perdre », selon Zandi.

Ray Fair, professeur d’économie à Yale, acquiesce. Son modèle, qui avait donné Trump gagnant en 2016 (mais en surestimant son score de 6 %), prédit également sa réélection. Outre l’emploi, le sortant est porté par Wall Street (+40 % depuis son élection, ce qui bénéficie aux retraites par capitalisation de nombreux Américains), l’essence bon marché (75 cents le litre), et par la hausse modérée des taux d’intérêt. Seule une récession pourrait faire perdre Donald Trump, selon le modèle de Ray Fair. Et le risque pour 2020, qui semblait encore élevé il y a six mois, a baissé, autour de 10 %, selon les prévisions de Goldman Sachs. Reste la menace d’une guerre commerciale avec la Chine et le spectre d’un effondrement brutal avec un endettement – de l’Etat, des Américains et des entreprises – record.

Son impopularité complique tout

Pas si vite, coupe John Sides, professeur de sciences politiques à l’université George Washington. Si l’économie a toujours été un bon outil prédictif (et explique les défaites de Gerald Ford, Jimmy Carter et Bush père), « dans les récentes élections, il semble que la cote de popularité d’un président soit plus importante que toute mesure objective de l’économie ».

La cote de popularité de Donald Trump n'a presque pas bougé sur les 12 derniers mois.
La cote de popularité de Donald Trump n'a presque pas bougé sur les 12 derniers mois. - Real Clear Politics

A 42 % de satisfaits, selon la moyenne des sondages de Five Thirty Eight, et 44 % selon celle de Real Clear Politics, Donald Trump remonte par rapport à ses plus bas de décembre 2017 (37 %). Il n’est même pas loin des scores d’Obama ou de Reagan au même stade. Mais ces derniers avaient opéré une remontée spectaculaire dans la dernière ligne droite. Trump, lui, « est le seul président moderne qui n’a jamais passé la barre des 50 % de son mandat », rappelle Sam Wang, expert data au Princeton Election Consortium. Même le rapport Mueller sur les soupçons de collusion avec la Russie, qui l’a relativement épargné, ne semble pas l’avoir boosté dans l’opinion.

A moins qu’il ne parvienne à percer son plafond actuel, Donald Trump va donc devoir compter sur sa base pour être réélu. C’est pour cette raison qu’il la galvanise sur des dossiers clivants comme l’immigration ou l’avortement. Face à Joe Biden ou Bernie Sanders, si sa cote ne remonte pas, Donald Trump devra adopter la même stratégie que contre Hillary Clinton, conclut Sam Wang : « Mener une campagne ultra-négative pour faire baisser la popularité de son adversaire. » La bataille s’annonce sanglante.