Allemagne: Pour l’héritière des biscuits Bahlsen, les travailleurs forcés ont été «bien traités» sous le régime nazi

CONTROVERSE Verena Bahlsen a estimé que « Bahlsen n’a rien à se reprocher » alors que l’entreprise a employé des centaines de travailleurs forcés pendant la Seconde Guerre mondiale

20 Minutes avec agences

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Des biscuits Bahlsen.
Des biscuits Bahlsen. — JULIAN STRATENSCHULTE / DPA / AFP

La polémique enfle en Allemagne autour du fabricant de biscuits Bahlsen et sa jeune héritière. Lundi dans le quotidien Bild, Verena Bahlsen a minimisé les souffrances des travailleurs forcés dans l’entreprise à l’époque nazie. « Tout cela s’est passé avant mon époque et nous avons payé les travailleurs forcés comme les Allemands, nous les avons bien traités », a-t-elle déclaré, ajoutant que « Bahlsen n’a rien à se reprocher ».

« Un manque de connaissance considérable »

Ces propos ne sont pas passés inaperçus outre-Rhin. L’une des organisations travaillant sur la question des travailleurs forcés sous le IIIe Reich a critiqué les propos de l’héritière de 26 ans. « La famille Bahlsen n’est pas la seule à faire montre d’un manque de connaissance considérable, la question du travail forcé du temps du nazisme reste une page blanche dans la mémoire collective », a dénoncé sur Twitter le Centre de documentation sur le travail forcé.

Par ailleurs, une pétition a été lancée pour appeler au boycott des biscuits du groupe Bahlsen. Ses initiateurs accusent l’entreprise d’avoir « tiré une partie de sa richesse des esclaves du travail nazi ». Aujourd’hui, Bahlsen génère un chiffre d’affaires annuel de plus de 500 millions d’euros et emploie près de 3.000 personnes.

« Une entreprise importante pour l’effort de guerre »

Fondée par Hermann Bahlsen à la fin du 19e siècle, l’entreprise a employé pendant la Seconde guerre mondiale plusieurs centaines de travailleurs forcés, originaires pour la plupart de territoires occupés par l’Allemagne nazie. Ces derniers produisaient des rations alimentaires pour l’armée allemande sur le front.

Un responsable d’une organisation pour le travail de mémoire à Hanovre, Karljosef Kreter, a qualifié les déclarations de la jeune femme « d’irréfléchies », dans le groupe de presse régional RND. « Bahlsen était considérée comme une entreprise importante pour l’effort de guerre et a de ce fait été alimenté en travailleurs en provenance des territoires de l’Est », a-t-il expliqué, ajoutant que ce sont principalement des femmes qui travaillaient dans les fabriques du groupe. Selon lui, « les travailleuses forcées vivaient dans des conditions proches de l’incarcération ».

Deuxième polémique en quelques jours

Verena Bahlsen a déjà été au cœur d’une controverse, quelques jours plus tôt lors d’une conférence à Hambourg. L’héritière de l’entreprise avait clamé sa fierté d’être « une capitaliste », en réponse à des propositions d’un responsable de l’organisation des Jeunes sociaux-démocrates, Kevin Kühnert, en faveur de la nationalisation de grandes entreprises allemandes.

« Je suis une capitaliste. Je possède un quart de Bahlsen, je veux gagner de l’argent et m’acheter avec mes dividendes des yachts et autres choses de ce genre », avait-elle lancé. Cette sortie a suscité de vives critiques de la part de mouvements de gauche principalement. Sur Twitter, plusieurs personnes lui ont même conseillé d’aller faire une année de service civique pour se confronter à la réalité sociale.