Guinée: La monogamie est désormais la règle après un vote très serré des députés

MARIAGE Un ancien ministre guinéen, opposé à cette mesure, a assuré « préférer » voir sa fille « deuxième ou troisième épouse que de la voir vieillir sans homme »

20 Minutes avec agences

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Des alliances (illustration).
Des alliances (illustration). — Pixabay / cspxbay

« Les discriminations au détriment des femmes ont été corrigées. Le principe de la monogamie est consacré comme par le passé et la polygamie est devenue une exception. » La députée guinéenne Traoré Zalikatou Diallo était « vraiment émue » après le vote d’une modification Code civil par le Parlement, jeudi. La monogamie est désormais le régime général du mariage en Guinée, sauf en cas « d’accord explicite » de la première épouse.

Les députés ont ainsi pris le contre-pied d’un texte voté fin 2018 légalisant la polygamie mais qu’avait rejeté le président Alpha Condé. De vives critiques ont depuis émergé dans les médias guinéens, tant la polygamie fait partie des pratiques courantes, y compris au sein de la classe dirigeante, dans ce pays d’Afrique de l’Ouest très majoritairement musulman.

Le président rejette un premier texte pour un régime polygame

De nombreux hommes y ont plusieurs femmes, mais les deuxièmes, troisièmes ou quatrièmes épouses, avec qui ils s’unissent lors de mariages religieux ou traditionnels, ne jouissent pas des mêmes droits que les femmes épousées en premier lors de mariages civils, notamment en matière d’autorité parentale ou de succession.

En décembre dernier, les députés avaient adopté un texte qui affirmait que « le mariage peut être conclu soit sous le régime de la monogamie, soit sous le régime de la polygamie limitée à quatre femmes ». Il était dit que « faute pour l’homme de souscrire à l’une des options », « le mariage est présumé être placé sous le régime de la polygamie », laissant donc le dernier mot à l’époux. Mais le président Alpha Condé n’avait « pas apprécié » le vote de cette loi, selon ses services, et renvoyé le texte au parlement.

Le polygame devra obtenir « l’accord explicite » de son épouse

En seconde lecture, 71 des 73 députés présents ont voté en faveur d’une nouvelle version de l’article 281, qui affirme à présent que « le mariage est soumis au régime de la monogamie pour tous les citoyens guinéens ».

Toutefois, « le futur mari peut, au moment de la célébration du mariage, en présence de sa future épouse et avec l’accord explicite de celle-ci, déclarer qu’il opte pour la polygamie limitée à deux, trois ou quatre femmes au maximum ». A défaut, « le mariage est placé de manière irrévocable sous le régime de la monogamie ».

« C’est pour faire plaisir aux Occidentaux »

« Les lois qui sont prises aujourd’hui (en Guinée), c’est pour faire plaisir aux Occidentaux sans tenir compte de nos coutumes et de nos mœurs », a au contraire fustigé Aboubacar Soumah, l’un des deux députés à avoir voté contre. Un ancien ministre de la Communication, Alhoussein Makanéra Kaké, arguant qu'« il y a plus de femmes que d’hommes », a assuré à l’AFP « préférer » voir sa fille « deuxième ou troisième épouse que de la voir vieillir sans homme ».

« Si par la grâce de Dieu, un homme décide d’épouser une fille et que quelqu’un vient lui dire qu’il ne peut pas parce qu’il est marié à une autre, vous voyez ce que ça fait », a commenté le grand imam de la mosquée de Kipé, un quartier de Conakry, en expliquant que le Coran autorise jusqu’à quatre épouses « à condition d’être justes avec elles ».

Au Sénégal voisin, le mariage peut également être conclu soit sous le régime de la polygamie (jusqu’à quatre épouses), sous celui de la « limitation de la polygamie » (2 ou 3 épouses), ou sous celui de la monogamie. Mais la décision revient uniquement à l’homme. En l’absence de choix de sa part, le mariage est d’office placé sous le régime de la polygamie, selon le Code de la famille.