11-Septembre: théorie du complot et guerre de l'information

V.G.

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Khaled Cheikh Mohammed, ancien chef du "Comité militaire d'Al-Qaïda" a reconnu être le "cerveau" des attentats du 11 septembre 2001 qui ont fait près de 3.000 morts à New York et Washington, dans une déclaration diffusée mercredi par le Pentagone.
Khaled Cheikh Mohammed, ancien chef du "Comité militaire d'Al-Qaïda" a reconnu être le "cerveau" des attentats du 11 septembre 2001 qui ont fait près de 3.000 morts à New York et Washington, dans une déclaration diffusée mercredi par le Pentagone. — Tim Clary AFP/Archives

Plus que les commémorations officielles, le septième anniversaire du 11-Septembre aura été marqué en France par les déclarations fracassantes de Jean-Marie Bigard. L'humoriste, proche de Nicolas Sarkozy, avait déclaré le 5 septembre sur Europe 1 être «absolument sûr et certain» qu'aucun avion ne s'était écrasé contre le Pentagone.

Quelques jours plus tard, il revenait sur ses propos et demandait pardon. Mais la théorie du complot à la sauce Bigard aura bénéficié d'une couverture médiatique importante. Une fenêtre de visibilité inédite pour les nombreux sites Web qui remettent en cause la version officielle américaine.

Car l'histoire de la théorie du complot autour du 11-Septembre, c'est avant tout une guerre médiatique entre la «grande presse», qui réfute le complot, et une galaxie de sites Web indépendants qui pensent que le gouvernement américain est impliqué dans les attentats. Leur mot d'ordre: rouvrir le dossier refermé en 2004 par un rapport officiel de 500 pages.

«L'effroyable imposture», le succès de librairie


En France, deux grands moments ont jalonné cette recherche de vérité. C'est d'abord le livre de Thierry Meyssan, «L'effroyable imposture», qui agita les consciences en 2002. Sa longue explication de texte chez Thierry Ardisson fait alors scandale, alors que le reste de la presse, «Le Monde» en tête, dézingue le livre qualifié d'«extravagant».

200.000 exemplaires vendus plus tard, la théorie de Meyssan, selon laquelle le Pentagone a été détruit par «une faction du complexe militaro-industriel», est devenue une base de départ à une série d'interrogations sur le 11-Septembre. A la suite du Réseau Voltaire de Meyssan, de nombreux portails Internet reprennent le flambeau, comme reopen911.info.

«Loose change», le blockbuster du Web


En 2005, le documentaire «Loose change», aux arguments plus solides que le livre de Meyssan, vient renforcer les doutes des internautes. Ce film remarquablement réalisé par un jeune amateur démonte point par point la version officielle et affirme, sans preuves formelles, que les attentats ont été commandités par le gouvernement américain.

Voici le début du volet 2 de ce documentaire controversé.



Le film, qui aurait été vu par plus de 100 millions d'internautes, devient le premier «blockbuster d'Internet», selon le magazine américain «Vanity Fair». En France, les médias l'ignorent quasi entièrement, à part la chaîne Planète qui décide de le diffuser, provoquant un bref compte-rendu dans «Libération». Parmi les médias grand public, seul le site collaboratif Agoravox prendra le documentaire au sérieux.

Des thèses qui ont marqué les esprits


«Loose change» a eu le droit cette année à une réplique cinglante sur Canal + avec une contre-enquête minutieuse diffusée le 24 avril. Le même traitement que pour Thierry Meyssan, qui avait du avaler un pamphlet signé de journalistes professionnels, «L'effroyable mensonge».

L'impact de cette guerre de l'information est considérable. Selon une étude menée cet été par l'université du Maryland dans 17 pays, seules 46% des personnes interrogées considèrent qu'Al-Qaida est responsable des attentats du 11-Septembre. 15% accusent le gouvernement américain, 7 % évoquent Israël et 7 % d’autres intervenants. Les médias dominants l'emportent donc, mais de très peu.