VIDEO. Otages au Bénin: Les otages français ont-ils vraiment pris des risques inconsidérés?

OTAGES En réalité, le parc où ils se sont fait enlever n’était pas considéré comme « fortement déconseillé » avant le 10 mai, soit le jour de leur libération

J.D.

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Les deux otages libérés
Les deux otages libérés — SIPA

Le cas des deux otages au Bénin​ n’en finit plus d’enflammer les débats. Beaucoup considèrent leur comportement, à savoir le fait de se rendre dans le parc de la Pendjari, comme irresponsable, voire égoïste, depuis que deux militaires ont été tués dans l'opération pour les secourir.

Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, a ainsi déclaré sur Europe 1 ce samedi : « La zone où étaient nos deux compatriotes était considérée depuis déjà pas mal de temps comme une zone rouge, c’est-à-dire une zone où il ne faut pas aller, où on prend des risques majeurs si on y va. »

Une zone clairement déconseillée, selon Le Drian

Le ministre a ajouté : « La plus grande précaution doit être prise dans ces régions pour éviter que de tels enlèvements n’aient lieu et pour éviter des sacrifices de nos soldats. Il faut que tous ceux qui veulent faire du tourisme dans ces pays s’informent auparavant de ce qu’on appelle les “conseils aux voyageurs” mis en place et entretenus régulièrement par le Quai d’Orsay et qui indiquent les zones sûres, celles à petit risque et celles à gros risque. »

Rebelote ce dimanche dans son interview au Parisien : « Nous nous réjouissons du retour de nos deux compatriotes… mais il est vrai qu’ils ont été enlevés dans une zone clairement déconseillée à tous les voyageurs. C’était donc un risque majeur de s’y engager. »

Une absence de précision avant le 7 avril et le 10 mai

Problème, cela est factuellement faux. Comme le montre Thomas Vampouille, journaliste à Marianne, le Quai d’Orsay a en réalité actualisé le site du Bénin le 10 mai, où la zone a été signalée comme « fortement déconseillée », soit le jour de la libération des otages.

Un rapide tour des archives du site permet de voir que le parc où les touristes se sont fait enlever, n’était nullement mentionné auparavant comme fortement déconseillé. Le 7 avril, une mise à jour avait englobé dans les « zones formellement déconseillées » du Bénin la « zone frontalière burkinabé et nigérienne ». Mais la carte du site indiquait, à propos du parc de la Pendjari, uniquement la frontière. Une bande recouvrant une partie du parc était également colorée en orange, c’est-à-dire « déconseillée sauf raison impérative ».

Avant le 7 avril, le Quai d’Orsay n’apportait aucune précision ou conseil de sécurité sur le parc la Pendjari, autre que « vigilance renforcée », valable dans tout le pays.