Etats-Unis: Le taux de chômage américain à 3,6% approche son plus faible niveau en un demi-siècle

ECONOMIE Les chiffres mirobolants du marché de l’emploi américain masquent des disparités et des points noirs qui persistent depuis la grande récession de 2009

N.Sa avec AFP

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Wall Street, la Bourse de New York
Wall Street, la Bourse de New York — JEWEL SAMAD AFP

« EMPLOIS, EMPLOIS, EMPLOIS ! Les emplois ont déferlé en avril, le taux de chômage est tombé à son plus bas niveau depuis 1969 », s’est félicité Donald Trump dans un tweet.

A 3,6 %, le taux de sans-emploi a perdu 0,2 point de pourcentage par rapport au mois de mars. Et les créations d’emplois ont de nouveau été très soutenues à 263.000, selon les données publiées par le département du Travail vendredi. Ces créations ont largement dépassé les attentes des analystes (200.000). Ceux-ci prévoyaient en outre un taux de chômage stable de 3,8 %.

De solides embauches dans de nombreux secteurs

Cette vigueur du marché de l’emploi américain va conforter la Banque centrale (Fed) dans son attitude de prudence, voire de résistance vis-à-vis de la Maison Blanche qui a réclamé que l’institution, pourtant indépendante, baisse les taux d’intérêt pour doper l’économie.
A ce stade, celle-ci ne semble guère avoir besoin d’un coup de pouce monétaire alors que la croissance du premier trimestre a grimpé à 3,2 % en rythme annuel.

Comme l’a dit Jerome Powell, le président de la Fed, mercredi à l’issue d’une réunion monétaire qui a laissé les taux inchangés : « il n’y a pas de raison impérieuse d’aller dans un sens ou dans un autre ». Ce plus faible taux de chômage depuis décembre 1969, où il était à 3,5 %, reflète de solides embauches dans de nombreux secteurs, allant des services professionnels aux entreprises au bâtiment en passant par la santé ou l’assistance sociale.

5,8 millions de chômeurs

Si le secteur manufacturier n’a créé que 4.000 nouveaux emplois le mois dernier, celui des services a affiché son meilleur score depuis trois mois avec 202.000 embauches.
Alors que le marché boursier est reparti vers des records, le ministère du Travail note que les services financiers réembauchent largement depuis deux mois.
Les emplois publics aussi ont fait bonne figure, s’inscrivant avec 27.000 embauches, au plus haut depuis huit mois, probablement dû au projet de recensement en cours qui va nécessiter beaucoup de personnels.

Bémol à ce tableau : un léger recul pour le deuxième mois d’affilée du taux de participation au marché du travail, qui est passé de 63 % en mars à 62,8 % en avril, a un peu aidé à faire baisser le taux de sans-emploi. Cela représente près de 500.000 personnes de moins sur le marché du travail. Le nombre de chômeurs a fléchi de 387.000 pour atteindre 5,8 millions, tandis que les travailleurs ne trouvant qu’un emploi à temps partiel restent nombreux à 4,7 millions.

« L’économie rugit »

Les salaires poursuivent leur hausse régulière, la rémunération horaire moyenne ayant augmenté de 6 cents, ce qui installe la hausse sur un an à 3,2 %. C’est significativement au-dessus de l’inflation, celle-ci s’étant inscrite à 1,5 % en mars sur an, selon l’indice PCE.
Le vice-président Mike Pence a ainsi salué « cette croissance des salaires au cours de l’année passée, la plus rapide pour les travailleurs américains ». « L’économie rugit », a-t-il lancé dans un entretien à CNBC, ajoutant que depuis le jour de l’élection de Donald Trump, l’économie américaine avait créé presque 6 millions d’emplois.

En avril, le taux de chômage est un peu plus élevé chez les hommes (3,4 %) que chez les femmes (3,1 %). Alors que celui des blancs est tombé à 3,1 %, celui des noirs est resté à 6,7 %, soit plus du double. Pour Michael Pearce de Capital Economics, « la progression continue du marché du travail va rassurer la Fed sur l’état solide des fondamentaux de l’économie ». Cet économiste s’attend toutefois, comme la Fed et le FMI mais à l’opposé des prévisions de la Maison Blanche, à ce que la croissance de la première économie mondiale ralentisse sur le reste de l’année, de même que les créations d’emplois.

Un taux de chômage plus élevé chez les minorités

Même si le taux de chômage des minorités se situe autour de leur plus faible niveau depuis que le ministère du Travail tient ce type de statistiques en 1973, les représentants des communautés afro-américaines et hispaniques ont toujours aujourd’hui plus de difficultés à trouver du travail que les Blancs.

Ainsi, le taux de chômage des Afro-Américains s’établit en avril à plus du double de celui des Blancs, soit 6,7 % contre 3,1 %. Il avait atteint un plus bas historique en mai 2018 à 5,9 %. Quant aux Hispaniques, dont le taux de sans-emploi est au plus bas à 4,2 % depuis 1973, il reste néanmoins supérieur à celui des Blancs. Ce sont les Asiatiques qui bénéficient du taux de chômage le plus faible à 2,2 %.

Un niveau élevé de temps partiel

Curieusement, les emplois à temps partiel faute de trouver mieux restent à un niveau élevé et supérieur à leur niveau d’avant la récession de 2009. En avril, il y avait encore 4,7 millions de travailleurs qui ne trouvaient pas d’emploi à temps plein, soit que les entreprises proposent seulement des temps partiels, soit que ces travailleurs ne parviennent pas à décrocher un poste de 35 heures par semaine.

Le mois dernier, ce type d’emplois a encore augmenté, ce qui est parfois vu par les économistes comme un signe de dynamisme de l’activité. Ils étaient 4,3 millions en février, et 4,5 millions en mars. Ces travailleurs à temps partiel ne sont qu’un million de moins que ceux qui pointent au chômage (5,8 millions).

Cela contraint de nombreux Américains, surtout dans les postes à bas salaires, à cumuler deux, parfois trois emplois pour obtenir une rémunération assurant des conditions d’existence convenables. Cela permet aussi aux entreprises d’éviter de fournir une assurance-santé à ces employés.