Thaïlande: Qui est Rama X, le nouveau roi couronné samedi?

COURONNE Connu pour ses frasques, celui qui règne depuis plus de deux ans n’en est pas moins l’un des derniers rois au pouvoir absolu sur la planète

Rachel Garrat-Valcarcel

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Rama X est roi depuis la fin 2016, mais il n'est couronné qu'en ce début du mois de mai 2019.
Rama X est roi depuis la fin 2016, mais il n'est couronné qu'en ce début du mois de mai 2019. — AP/SIPA
  • Maha Vajiralongkorn, alias Rama X, est devenu roi de Thaïlande le 1er décembre 2016, après la mort de son roi de père.
  • Il n'a été couronné que ce samedi, symboliquement, dans un rendez-vous clef pour son assise populaire.
  • Mais Rama X est surtout connu pour ses frasques, qui ont fait la une de la presse à scandale à travers le monde…

Ça pourrait avoir un côté Palais Royal. Comme dans ce film de Valérie Lemercier, un prince héritier, joué par Lambert Wilson, passe pour indigne de la fonction, fêtard, buveur, collectionneur de femmes. C’est un peu l’image qu’avait (et a toujours au moins en partie) Maha Vajiralongkorn, devenu roi de Thaïlande le 1er décembre 2016 à la mort de son père et officiellement couronné comme Rama X ce samedi. Sauf que ça n’est pas une fiction, que ce n’est pas drôle, et que la Thaïlande est une vraie monarchie autoritaire.

Longtemps le futur Rama X, 66 ans, ne s’est pas intéressé aux affaires du pays. Préférant, comme le précise l’AFP, passer du temps dans ses diverses propriétés en Allemagne ou piloter son Boeing 737 personnel. C’était pourtant bien lui qui avait été choisi par son père comme héritier, et cela très tôt. « Depuis la première seconde de ma vie, je suis un prince. Il est difficile de dire ce que cela fait d’être un poisson quand on est un poisson, un oiseau quand on est un oiseau », relevait-il en 1979 à la BBC, dans un rarissime entretien à des journalistes.

« Ce qui l’intéresse, c’est son pouvoir personnel »

Ses frasques, comme ses tenues très peu protocolaires, ne doivent donc pas masquer que le monarque a bien pris la mesure de ses pouvoirs. « C’est vrai que quand il était prince il s’occupait uniquement de ses affaires personnelles, rappelle à 20 Minutes Eugénie Mérieaux, autrice d’Idée reçues sur la Thaïlande (Cavalier bleu, 2018). Mais là, de la même manière, il s’intéresse pas du tout à la politique. Ce qui l’intéresse ce n’est pas les politiques publiques, ce n’est pas de gouverner. Ce qui l’intéresse c’est son pouvoir personnel. Et ça, il l’a toujours démontré et il continue. »

Or, pour la monarchie thaïlandaise, une des plus riche du monde, est l’illustration de ce qu’elle considère être un « néo-absolutisme ». « On a souvent cru que la Thaïlande était une monarchie constitutionnelle et que les coups d’Etats étaient désapprouvés par le palais qui était réduit au statut de victime. Ce n’est pas une monarchie fantoche, pas du tout. Les décisions les plus importantes remontent au roi, il a un droit de véto sur tout, y compris sur la constitution, qui a pourtant été approuvée par référendum. »

Une permanence

Les premiers actes de Rama X, sur ce plan, on était très claires : il restera au centre du jeu. Peut-être même plus que son père. Dans ce pays où le gouvernement civil est renversé par l’armée « en moyenne tous les six ans et demi », d’après Eugénie Mérieaux, la royauté apparaît donc comme la permanence.

« Le pilier de la légitimité de la monarchie c’est d’incarner la continuité et la stabilité face au chaos de la démocratie, explique la chercheuse. A chaque fois qu’il y a eu des élections libres en Thaïlande on s’est retrouvé avec une crise politique qui a mené à un coup d’Etat. Des coups d’Etats dont les raisons sont instrumentalisées par la monarchie, justement pour s’ériger en garant de la stabilité. »

La peur du bide

Seulement, la personnalité de Rama X peut-elle le faire vaciller ? Difficile, dans un régime autoritaire, de connaître vraiment l’ampleur du soutien, ou de la défiance, dont bénéficie celui qui vient de se marier pour la quatrième fois dans le plus grand secret. Un élément de réponse pourtant : alors que le couronnement est un moment clef, un événement populaire, « les documents officiels montrent que Rama X a convoqué l’ensemble des fonctionnaires pour venir à la cérémonie car il a peur qu’il n’y ait personne dans la rue », affirme la spécialiste.

Son père, mort en 2016, Rama IX, n’avait pas ce problème. « Dès qu’il se déplaçait quelque part, il avait une foule immense qui se dressait volontairement, sur des kilomètres et des kilomètres. On n’a pas du tout la même chose avec le nouveau roi. » Eugénie Mérieaux n’est pourtant pas très « inquiète » pour lui.

Répression et propagande, les deux mamelles de la monarchie thaïlandaise

D’abord, symboliquement, « la monarchie est le seul repère rassurant qui existe dans le pays. C’est pour ça que les Thaïlandaises et Thaïlandais y sont très attachés même si la figure du nouveau roi n’est pas à la hauteur de celle de son père. » Et puis, surtout, de manière plus concrète, « la combinaison gagnant de la répression et de la propagande permet au bout d’un certain nombre d’années, comme ce fut le cas avec son père, de booster son aura et de lui conférer cette légitimité ».

Mais en prenant le trône à 66 ans, Rama X n’aura pas la longévité de son père, chef de l’Etat pendant soixante-dix ans. Se posera donc la question de la succession, déjà. Le roi a sept enfants (d’autres lui en prêtent bien plus), mais a renié quatre de ses fils. Le fils de Srirasmi, Dipangkorn Rasmijoti, 14 ans, occupe désormais la première place dans l’ordre de la succession. Mais pas de panique, rappelle Eugénie Mérieaux : « Rama X a un style de vie très dangereux. Mais son père est mort à 88 ans, l’ensemble des vétérans de l’époque de la Guerre froide est toujours là, le président du conseil privé à 94 ans est toujours en exercice… Quand on est riche, on vit longtemps en Thaïlande. »