Algérie: Le bras de fer continue entre l'armée et les manifestants

CONTESTATION Le général Salah refuse que la transition dans le pays se fasse en dehors du cadre constitutionnel. Les Algériens, eux, continuent de réclamer un changement du système

20 Minutes avec AFP
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Des étudiants algériens, mardi 30 avril 2019, réclament un "changement de système".
Des étudiants algériens, mardi 30 avril 2019, réclament un "changement de système". — R. Kramdi

Pour le chef d’état-major de l’armée algérienne et vice-président de la Défense, c’est « non ». Mardi, dans un discours prononcé en marge de l’une de ses traditionnelles visites sur le terrain, en l’occurrence à Constantine (nord-est du pays), le général Ahmed Gaïd Salah a opposé une fin de non-recevoir aux revendications des manifestants.

Quelques heures auparavant, et comme chaque mardi depuis deux mois maintenant, des centaines d’étudiants étaient dans la rue, à Constantine, mais aussi dans la capitale, Alger, ou encore à Tlemcen (extrême ouest du pays) et à Bejaïa (à l’est d’Alger), pour réclamer la mise en place d’institutions de transition pour gérer l’après-Abdelaziz Bouteflika.

Une présidentielle, « la solution idéale pour sortir de la crise »

La présidentielle, prévue le 4 juillet pour élire un successeur au chef de l’Etat poussé à la démission le 2 avril, est la « solution idéale pour sortir de la crise », a ainsi affirmé le général Ahmed Gaïd Salah. Les manifestants exigent depuis le 22 février le départ de l’ensemble des figures du « système » au pouvoir en Algérie, à commencer par le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, et le Premier ministre, Noureddine Bedoui, deux anciens proches d’Abdelaziz Bouteflika.

Les contestataires refusent aussi que les structures et personnalités de l’appareil hérité du président démissionnaire organisent ce scrutin, alors que ses vingt années de pouvoir ont été marquées, selon eux, par des fraudes électorales. Ils réclament un processus de transition hors des institutions et délais prévus par la Constitution, gérée par des structures spécialement mises en place et chargées de mener le pays vers une IIe République.

« Aucune pression » sur les enquêtes pour corruption

Pilier du régime durant quinze ans et devenu de facto l’homme fort de l’Algérie depuis qu’il a lâché Abdelaziz Bouteflika, le général Gaïd Salah a souligné exclure que l’armée permette une transition hors du cadre constitutionnel. Il a réitéré « l’attachement profond du Commandement de l’armée (…) à la Constitution », car « tout changement ou amendement de ses dispositions ne relève pas des prérogatives » de l’armée mais « du président qui sera élu ».

Le général Gaïd Salah a également assuré que l’armée veillerait à ce que les enquêtes judiciaires ouvertes sur des dossiers de corruption visant des personnalités liées au régime soient préservées des « pressions ou diktats ». Cinq puissants et richissimes hommes d’affaires, dont quatre proches d’Abdelaziz Bouteflika et de son frère et conseiller Saïd, ont d’ailleurs déjà été placés en détention provisoire.