Uruguay: Le rodéo au cœur d'une vive polémique après la mort de deux chevaux

ANIMAUX A l’instar de la France, l’Espagne et d’autres pays d’Amérique latine, le débat entre « pro » et « anti » ne connaît pas le consensus

20 Minutes avec agences

— 

Les rituels des « gauchos », ces gardiens de troupeaux traditionnels, sont encore vivaces en Uruguay.
Les rituels des « gauchos », ces gardiens de troupeaux traditionnels, sont encore vivaces en Uruguay. — Mauricio Zina / SOPA Images/Sipa/SIPA

« Culture ou torture ? » Comme la tauromachie en France, le rodéo est au cœur d’une vive polémique en Uruguay. La mort récente de deux chevaux a donné une ampleur inédite au débat sur cet événement dans ce petit pays, où les rituels des « gauchos », ces gardiens de troupeaux traditionnels, sont encore vivaces.

Chaque année, durant une semaine au mois avril, la campagne expose fièrement sa culture et son art de vivre à Montevideo. Le rodéo où des cavaliers tentent de dompter des chevaux sauvages est le clou de cet événement qui existe depuis 1925. Il attire des dizaines de milliers de personnes dans un parc d’exposition de la capitale.

« Culture ou torture ? »

Mais la mort de deux chevaux la semaine dernière, a provoqué de vives protestations des défenseurs des animaux et une levée de boucliers des tenants de la tradition.

Les causes n’ont pas été communiquées officiellement, mais l’une des montures s’est subitement effondrée en plein effort, a constaté l’AFP. L’autre, victime d’une fracture, a dû être sacrifiée, selon des associations qui ont demandé l’annulation de la dernière journée de rodéo, ce dimanche.

Depuis ces accidents, le message « Culture ou torture ? », accompagné d’un gaucho sur un cheval cabré barré de rouge, a fleuri sur des murs de la capitale. Mercredi, le maire de Montevideo, Christian Di Candia, a annoncé la mise en place d’une commission pour analyser le problème « en profondeur ». L’opposition l’a aussitôt accusé d’avoir « enterré » ce dossier potentiellement brûlant à quelques mois des élections générales.

« Un art de vivre » pour les défenseurs du rodéo

A l’image de celui sur la tauromachie en France, en Espagne et dans d’autres pays d’Amérique latine, le débat entre « pro » et « anti » ne connaît pas le consensus. « Le rodéo pour nous est une tradition très ancienne. Cela fait 94 ans » que cela existe à Montevideo, explique à l’AFP Dalton Delgado, un des organisateurs de l’événement. « C’est un art de vivre, comme les corridas​ de taureaux ».

« Tout ce qui concerne les spectacles avec des animaux dans le monde est remis en cause en tant que divertissement et nous voyons chaque année des traditions qui sont abandonnées », répond le vétérinaire Sebastian Fernandez en charge du bien-être animal au sein du parti au pouvoir. « A un moment donné, les rodéos en Uruguay vont devoir rejoindre l’Histoire et montrer que notre société a évolué », ajoute-t-il, déplorant ce type de spectacle où « l’animal est obligé de souffrir pour que quelques-uns applaudissent ».

Les courses de lévriers déjà interdites

Les cavaliers, eux, n’y voient qu’un sport. « On le fait parce qu’on aime ça, parce qu’on est nés pour ça, ça procure beaucoup d’adrénaline, c’est beau », estime Luis Alberto Cartagena, un champion de la discipline.

Si l’Uruguay a interdit l’an dernier les courses de lévriers, le pays possède aussi une loi votée en 2006 qui considère les épreuves issues de la tradition gaucho comme un « sport national ». Pour leurs promoteurs, cela englobe les rodéos sur des chevaux sauvages.