VIDEO. Japon : Abdication, accession au trône, cérémonies… La succession impériale en détails

JAPON Mercredi, le prince Naruhito deviendra le nouvel empereur du Japon, entré dans l’ère Reiwa

Mathias Cena

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La princesse Masako et le prince Naruhito (à dr.) saluent l'empereur Akihito et l'impératrice Michiko au palais impérial, à Tokyo, le 24 février 2019.
La princesse Masako et le prince Naruhito (à dr.) saluent l'empereur Akihito et l'impératrice Michiko au palais impérial, à Tokyo, le 24 février 2019. — JAPAN POOL VIA JIJI PRESS / POOL / AFP
  • Fait unique dans l’histoire moderne du Japon, l’empereur Akihito abdique cette semaine au profit de son fils Naruhito.
  • De nombreux événements sont prévus dans le pays pour célébrer cette accession.
  • L’ensemble du cérémonial de passation dure en réalité plusieurs mois.

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe l’a assuré la semaine dernière à Donald Trump : la succession impériale est pour les Japonais un événement « cent fois plus important que le Super Bowl ». Trente ans après être monté sur le trône du Chrysanthème, l’empereur Akihito doit abdiquer mardi pour céder la place à son fils Naruhito, qui deviendra mercredi l’empereur de l’ère Reiwa. Tout le pays suivra de près la première abdication depuis plus de deux siècles et une accession au trône qui aura lieu dans une atmosphère bien plus légère que les précédentes.

Une ambiance de fête bien différente des accessions passées

L’accession au trône d’Akihito, en 1989, tout comme celles de son père Hirohito (l’empereur Showa) en 1926, et de son grand-père Yoshihito (l’empereur Taisho) en 1912, ont eu lieu dans une atmosphère de deuil consécutif au décès du précédent empereur. Cette fois, les cérémonies s’inscriront dans une ambiance autrement plus festive, des foules massives étant attendues dans la capitale japonaise devant le palais impérial et dans le quartier de Shibuya, habituel lieu de rassemblement des foules tokyoïtes. Mais le rendez-vous est aussi commercial, les entreprises ayant rivalisé d’imagination pour organiser des événements afin de marquer le coup dans la nuit de mardi à mercredi, culminant avec le compte à rebours à minuit qui lancera l’ère Reiwa : croisière dans la baie de Tokyo, voyage en train nocturne, soirées spéciales dans les discothèques…

Un pont de dix jours pour les Japonais

La traditionnelle suite de jours fériés de début mai, la « Golden Week », de longueur variable d’une année à l’autre, forme cette année un pont de 10 jours pour les Japonais, le 1er mai, jour de l’accession au trône, étant exceptionnellement chômé. Il est estimé que près de 25 millions de personnes, soit un cinquième de la population, vont profiter de cette occasion unique pour voyager, pour la plus grande satisfaction des hôteliers, restaurateurs et voyagistes. Selon une enquête du quotidien Asahi, 45 % des Japonais trouvent cependant cette période, pendant laquelle les services tournent au ralenti, trop longue.

Des vacanciers s'apprêtent à monter dans un train à Tokyo, le 26 avril 2019.
Des vacanciers s'apprêtent à monter dans un train à Tokyo, le 26 avril 2019. - Keita Iijima/AP/SIPA

 

L’abdication, une première dans le Japon moderne

L’abdication a été une pratique courante dans l’histoire japonaise : Akihito, 125e empereur du pays, sera le 59e à quitter le trône de son vivant. Mais elle n’avait pas été utilisée depuis plus de deux siècles, le dernier à y avoir eu recours étant l’empereur Kokaku en 1817. Akihito, lui, aurait exprimé l’idée d’abdiquer dès 2010, mais sa volonté n’a été connue du public qu’en 2016. Lors d’une intervention télévisée, le souverain a indirectement annoncé sa volonté en évoquant notamment sa crainte que sa santé déclinante n’ait un impact sur ses fonctions et sur la société nipponne. Pour lui permettre d’abdiquer, le parlement a voté une loi d’exception en 2017.

Le prince et futur empereur Naruhito (2011), son père l'empereur Akihito (2019) et son grand-père Hirohito (1986).
Le prince et futur empereur Naruhito (2011), son père l'empereur Akihito (2019) et son grand-père Hirohito (1986). - KAZUHIRO NOGI, STAFF, Junji KUROKAWA / AFP

 

Des cérémonies pendant plusieurs mois

Les principales cérémonies liées à l’abdication d’Akihito et à l’accession au trône de Naruhito auront lieu mardi et mercredi au Palais impérial et seront diffusées à la télévision. L’ensemble du cérémonial s’étire cependant sur plusieurs mois. Il a commencé en mars, quand Akihito a informé de son intention d’abdiquer la déesse du soleil, Amaterasu, considérée comme l’ancêtre de la dynastie impériale. Mardi à 17h (10h, heure française), il prononcera son dernier discours en tant qu’empereur après l’annonce de l’abdication par Shinzo Abe.

Puis, mercredi à 10h30 (3h30, heure française), alors que le Japon sera déjà entré dans l’ère Reiwa, Naruhito recevra, au cours d’une cérémonie interdite aux femmes de la famille impériale, une épée et un joyau. Ils composent, avec un miroir, les « trois trésors sacrés » transmis, selon la légende, par la même déesse. L’empereur lui-même ne peut pas voir ces objets, soigneusement enveloppés, et on ignore à quoi ils ressemblent. Le nouvel empereur prendra ensuite la parole devant le Premier ministre et plusieurs responsables du Parlement. Donald Trump devrait ensuite être le premier chef d’Etat étranger à le rencontrer, lors de sa visite au Japon, fin mai.

Le couronnement lui-même aura lieu en octobre, en présence de 2.600 invités japonais et étrangers. En novembre, l’empereur participera à une cérémonie religieuse shinto, pour se présenter aux divinités et prier pour la paix et d’abondantes récoltes. L’ensemble de ces cérémonies devrait au final revenir à 16,6 milliards de yens (133 millions d’euros), malgré diverses mesures pour limiter les coûts.

La cérémonie de couronnement de l'empereur Akihito, en novembre 1990.
La cérémonie de couronnement de l'empereur Akihito, en novembre 1990. - IWASA/OSHIHARA/SIPA