Détroit de Taïwan: La France et la Chine frôlent la crise diplomatique après un incident naval

DIPLOMATIE Des bateaux de l’armée chinoise ont repéré, le 7 avril, un navire français dans le détroit qui sépare la Chine continentale de l’île de Taïwan

20 Minutes avec AFP

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Le porte-avion Charles-de-Gaulle à Toulon, le 8 février 2017. (Illustration)
Le porte-avion Charles-de-Gaulle à Toulon, le 8 février 2017. (Illustration) — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Le début d’un incident diplomatique ? La marine chinoise a intercepté, début avril, un navire de guerre français dans le détroit qui sépare la Chine continentale de l’île de Taïwan, une zone sensible revendiquée par Pékin. Si la Chine dénonce une violation de ses « eaux territoriales », Paris joue la carte de la « liberté de navigation ».

Des bateaux de l’Armée populaire de libération (APL) ont repéré le bâtiment français le 7 avril, a indiqué jeudi un porte-parole du ministère chinois de la Défense, précisant avoir remis une protestation solennelle à Paris.

Une frégate française attendue au 70e anniversaire de la marine chinoise

Le navire de guerre a pénétré dans « les eaux territoriales chinoises » sans autorisation, a souligné Ren Guoqiang lors d’une conférence de presse régulière, en réponse à une question sur le sujet. La Chine considère Taïwan comme une partie de son territoire. L’île est cependant dirigée depuis 1945 par un régime rival, qui s’y était réfugié après la prise du pouvoir par les communistes sur le continent en 1949.

« L’armée chinoise a envoyé des bateaux de guerre conformément à la loi, afin d’identifier le navire français et lui intimer l’ordre de partir », a expliqué Ren Guoqiang à propos de l’incident. Mais la frégate française Vendémiaire, qui était attendue cette semaine à Qingdao (est de la Chine) afin de participer à un défilé naval pour le 70e anniversaire de la marine chinoise, n’était finalement pas présente à cet événement.

Un « contact étroit » entre Pékin et Paris

La France « réaffirme son attachement à la liberté de navigation, conformément au droit de la mer », a indiqué jeudi un membre de l’entourage de la ministre des Armées, Florence Parly. La marine nationale française « transite en moyenne une fois par an dans le détroit de Taïwan, sans incident ni réaction », a même précisé la source, révélant que Français et Chinois étaient « en contact étroit » sur cette affaire.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, présent jeudi à Pékin à l’occasion du sommet des nouvelles routes de la soie, a rencontré dans la soirée son homologue chinois Wang Yi. La Chine n’a pas indiqué à quel endroit de ses « eaux territoriales » se trouvait le navire français, mais ce terme désigne généralement une distance maximale d’environ 12 milles marins (soit un peu plus de 22 km) des côtes.

Des opérations américaines baptisées « liberté de navigation »

En février, Pékin avait déjà protesté contre un énième passage d’un bâtiment américain dans le détroit de Taïwan, dénonçant une « provocation ». L’US Navy conduit régulièrement des opérations baptisées « liberté de navigation » plus au sud, en mer de Chine méridionale. La Chine revendique la souveraineté de la quasi-totalité des îles et récifs de cette zone maritime, où plusieurs pays riverains (Philippines, Vietnam, Malaisie, Bruneï) ont des revendications rivales.

Par ces opérations de « liberté de navigation »​, Washington entend contrer les ambitions de Pékin, qui y a agrandi des îlots qu’il contrôle afin de renforcer ses revendications territoriales. Outre les Etats-Unis, la France et Royaume-Uni mènent également ce type de manœuvres, mais beaucoup moins fréquemment.