Attentats au Sri Lanka: L’enquête met en évidence des défaillances au plus haut niveau de l’Etat

SUITES Les enquêteurs s’intéressent aussi au rôle d’une famille proche des milieux islamistes

20 Minutes avec AFP

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L'enquête se poursuit au Sri Lanka, trois jours après les attentats.
L'enquête se poursuit au Sri Lanka, trois jours après les attentats. — Atsushi Taketazu/AP/SIPA

Trois jours après les attentats, qui ont fait près de 360 morts, au Sri Lanka, les forces de sécurité multiplient les arrestations et poursuivent leur traque de suspects. Dix-huit nouvelles personnes ont été arrêtées. Elles viennent s’ajouter aux 40 précédemment interpellées. Ces attaques suicides survenues dimanche de Pâques ont été revendiquées par le groupe djihadiste Daesh et comptent parmi les attentats les plus meurtriers depuis le 11 septembre 2001.

Le bilan des victimes s’est encore alourdi, passant de 320 à 359 morts, avec quelque 500 autres personnes blessées, tandis que la polémique enfle sur une possible défaillance de l’État sri lankais, qui disposait d’informations sur le risque d’attaques imminentes. Des kamikazes ont provoqué un carnage dimanche matin dans trois hôtels de luxe et trois églises, en pleine messe de Pâques, à Colombo et ailleurs dans le pays. Un projet d’attentat contre un quatrième hôtel de luxe de la capitale a échoué.

Deux frères au cœur de l’enquête

Les autorités ont attribué le bain de sang au mouvement islamiste local National Thowheeth Jama’ath (NTJ), qui ne l’a pas revendiqué, et cherchent à savoir s’il a bénéficié d’un soutien logistique international. Dans une conférence de presse mercredi matin, le vice-ministre de la Défense Ruwan Wijewardene a déclaré que les attaques auraient été perpétrées par une « faction dissidente » du NTJ, sans autres détails.

D’après des éléments de l’enquête, deux frères islamistes sri lankais issus d’une famille aisée ont joué un rôle clé dans les attaques. Ils se sont fait exploser respectivement aux hôtels Shangri-La et Cinnamon Grand Hotel au buffet du petit-déjeuner. Leur père fait partie des personnes actuellement aux mains des forces de l’ordre, a confirmé mercredi Ruwan Wijewardene en réponse à une question en ce sens.

Bisbilles à la tête de l’Etat

Le gouvernement de l’île d’Asie du Sud a annoncé mercredi que « neuf kamikazes » au total avaient péri au cours de cette journée. Huit ont été identifiés à ce stade mais leurs noms n’ont pas été révélés. « La plupart » des kamikazes « sont éduqués et viennent de la classe moyenne ou la classe moyenne supérieure donc ils sont assez indépendants financièrement et leurs familles sont assez stables, ce qui est un facteur inquiétant », a rapporté Ruwan Wijewardene.

L’attitude de l’État sri lankais, garant de la sécurité, dans les jours précédant les attentats fait l’objet de critiques grandissantes, dans un contexte politique de lutte de pouvoir entre le président et le Premier ministre. L’organisation NTJ avait en effet fait il y a environ deux semaines l’objet d’une alerte diffusée aux services de police, selon laquelle elle préparait des attentats suicides contre des églises et l’ambassade d’Inde à Colombo.

Or d’après le porte-parole du gouvernement, cette alerte n’avait pas été transmise au Premier ministre Ranil Wickremesinghe ou à d’autres ministres de haut rang. Un élément qui pourrait relancer la crise à la tête de l’île de 21 millions d’habitants. La police est en effet du ressort du président Maithripala Sirisena, en conflit ouvert avec son chef de gouvernement. Il l’avait limogé à l’automne mais avait été forcé de le réinvestir après sept semaines de chaos politique. Les deux têtes de l’exécutif se vouent une animosité réciproque.