Egypte: Le peuple approuve la révision constitutionnelle prolongeant la présidence Al-Sissi

VOTE Le deuxième mandat du président égyptien a été rallongé de deux ans, portant son terme à 2024

Manon Aublanc

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Les Egyptiens ont voté favorablement à la révision constitutionnelle qui pourrait permettre à Al-Sissi de prolonger sa présidence.
Les Egyptiens ont voté favorablement à la révision constitutionnelle qui pourrait permettre à Al-Sissi de prolonger sa présidence. — MOHAMED EL-SHAHED / AFP

La révision constitutionnelle controversée, permettant la prolongation de la présidence d’Abdel Fattah al-Sissi, le renforcement de ses pouvoirs et ceux de l’armée, a été approuvée par référendum à 88,83 % par les Egyptiens, a annoncé l’Autorité nationale des élections, ce mardi.

Le président de cet organisme, Lachine Ibrahim, a précisé lors d’une conférence de presse au Caire, que 11,17 % des électeurs se sont prononcés contre cette réforme et que le taux de participation a atteint 44,33 %.

Al-Sissi au pouvoir jusqu’en 2030 ?

Les Egyptiens ont voté du samedi 20 au lundi 22 pour ou contre la modification de plusieurs articles de la Constitution qui limitait notamment la présidence à deux mandats consécutifs de quatre ans. Lachine Ibrahim a insisté sur le caractère « démocratique » du scrutin. Mais le référendum a été organisé en un temps record, quatre jours après un vote au parlement, et sans véritable débat de fond sur les enjeux de la réforme.

L’opposition et les ONG de défense des droits de l’homme, qui ont dénoncé un renforcement de « l’autoritarisme » du régime, ont été écartées des grands médias, tous étroitement contrôlés par l’Etat. La révision constitutionnelle permet de faire passer le deuxième mandat d'Al-Sissi de quatre à six ans, portant son terme à 2024. L’ex-maréchal pourra se représenter à un troisième mandat, de six ans, lors de l’élection de 2024.

Répression, condamnations à mort et musellement de la presse

Depuis l’arrivée au pouvoir du général Sissi en 2014, les ONG dénoncent les nombreux procès contre des voix dissidentes, la hausse des condamnations à mort ainsi que le musellement de la presse. Le pouvoir nie systématiquement ces accusations, insistant sur « la stabilité » et « la lutte antiterroriste » dans ce pays situé au cœur d’une région sensible.

L’ex-maréchal al-Sissi a été élu président en 2014 avec 96,9 % des voix, un an après avoir renversé avec l’armée, à la faveur d’un mouvement populaire, le président islamiste Mohamed Morsi. Il a été réélu en 2018 à 97,08 %. Au-delà de la prolongation de sa présidence, la révision constitutionnelle permet d’accroître son contrôle sur le système judiciaire. Elle octroie également un pouvoir politique à l’armée, pilier du régime d’Al-Sissi.