VIDEO. Attentats au Sri Lanka: «Ces attaques vont bloquer la reconstruction du pays»

TERRORISME Directeur de recherche à l’Iris, Jean-Vincent Brisset revient pour « 20 Minutes » sur la vague d’attentats qui a frappé dimanche le Sri Lanka

Propos recueillis par Thibaut Chevillard

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Au moins 290 personnes ont été tuées et 500 autres blessées dimanche au Sri Lanka
Au moins 290 personnes ont été tuées et 500 autres blessées dimanche au Sri Lanka — Eranga Jayawardena/AP/SIPA
  • Six explosions très rapprochées sont survenues dimanche matin et deux autres plusieurs heures après dans ce pays très prisé des touristes étrangers.
  • Selon les autorités sri-lankaises, au moins 290 personnes ont été tuées et 500 autres blessées dans la vague d’attentats.
  • Aucun groupe n’a pour l’heure revendiqué ces attaques mais le gouvernement sri-lankais a incriminé ce lundi un mouvement islamiste local, le National Thowheeth Jama’ath.

Plus les heures passent, plus le bilan s’alourdit. Au moins 290 personnes ont été tuées, dimanche, dans une vague d’attentats suicides qui a frappé le Sri Lanka. Les terroristes ont semé la mort, en plusieurs endroits de l’île, dans des hôtels de luxe et des églises célébrant la messe de Pâques. Pour l’heure, ces attaques n’ont pas été revendiquées mais le gouvernement a mis en cause un mouvement islamiste local, le National Thowheeth Jama’ath.

Les arrestations se multiplient. Les forces de l’ordre ont déjà interpellé 24 personnes. Depuis la fin de la guerre civile, en 2009, le Sri Lanka n’avait plus connu un tel déchaînement de violence. Pour Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), ces attaques pourraient mettre à mal la reconstruction du pays entamé à la fin du conflit, basé notamment sur le tourisme.

Comment analyser ce qu’il s’est passé au Sri Lanka ?

Pour le moment, c’est un peu difficile à analyser tant qu’on ne sait pas avec certitude qui est responsable des attentats. Il n’y a pas encore eu de revendication. Le gouvernement sri-lankais a annoncé que c’était un groupe musulman extrémiste qui serait responsable. Mais on comprend mal pourquoi, si c’est le cas, des musulmans se seraient attaqués à une autre minorité, les catholiques. Ensuite, il faut essayer de comprendre pourquoi cela ne serait pas quelque chose dirigé contre les Occidentaux en général. Les églises de Colombo et Negombo allaient certainement accueillir des touristes. Mais il est moins logique, dans cette optique, d’avoir visé l’église de Batticaloa.

Il est donc assez compliqué de savoir qui est derrière ces attaques sachant aussi que les dernières exactions qui ont eu lieu au Sri Lanka étaient le fait de bouddhistes extrémistes.

Quelle était la situation du pays jusqu’à présent ?

Il y a eu des problèmes interreligieux, et il y a encore des frictions entre certaines communautés. Ce qui m’a frappé, quand j’ai été à Negombo en 2013, c’est la cohabitation entre bouddhistes et catholiques. On avait l’impression qu’ils avaient la volonté de sortir de la guerre civile, même si les tamouls restaient bloqués dans le nord et le nord-est du pays.

Justement, comment se passe la cohabitation entre les différentes communautés religieuses du pays ?

Il y a des zones dans le pays. Les minorités sont majoritaires dans certaines zones du pays : dans le nord et le nord-est, il y a une majorité hindouiste tamoule, à l’est, vers Trinquemalay et Batticaloa, il y a beaucoup de musulmans. A Kandy (centre de l’île), à Galle ou à Mirissa (sud), on ne voit pas de séparation entre les bouddhistes et les chrétiens qui sont les plus répandus dans cette zone-là.

Quelles peuvent être les conséquences de ces attentats pour le pays ?

La guerre civile opposait les tamouls aux cingalais alors que ces attaques auraient été commises par des musulmans contre des catholiques. Ce conflit qui a duré jusqu’en 2009 était particulièrement atroce. Il y avait une barbarie qu’on n’a sans doute pas retrouvé ailleurs lors d’autres conflits, que cela soient les attentats commis par les Tigres tamouls ou la répression de l’armée sri-lankaise. Même en Syrie, on ne retrouve pas cette barbarie. Tout ça a laissé des traces. Le Sri Lanka a voulu ensuite lancer sa reconstruction en la basant en grande partie sur le tourisme. Cela avait plutôt bien démarré et il était apte à accueillir beaucoup de visiteurs. Ce genre d’attaques va bloquer cette reconstruction.

Des Chinois ont été tués, or la Chine mise beaucoup – peut-être même plus que l’Inde – sur le Sri Lanka. Cela risque de les bloquer les Chinois qui étaient extrêmement nombreux, ne serait-ce que sur le plan touristique.