Japon: Carlos Ghosn inculpé une nouvelle fois, ses avocats déposent une demande de libération

JAPON Cette quatrième mise en examen, pour abus de confiance aggravé, reposerait sur les éléments les plus graves reprochés à Carlos Ghosn à ce jour, selon des experts

20 Minutes avec AFP

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Carlos Ghosn à la sortie de chez son avocat, à Tokyo, le 3 avril 2019.
Carlos Ghosn à la sortie de chez son avocat, à Tokyo, le 3 avril 2019. — Kazuhiro NOGI / AFP

Carlos Ghosn, qui arrivait lundi au bout de sa garde à vue au Japon sur des accusations de détournement de fonds de Nissan, a été de nouveau inculpé, pour abus de confiance aggravé. Le tribunal de Tokyo a confirmé cette quatrième mise en examen de l’ancien PDG de l’alliance automobile Renault-Nissan. Ses avocats déposé peu après une demande de remise en liberté sous caution.

Depuis sa ré-arrestation le 4 avril à son domicile de Tokyo, un mois à peine après avoir quitté la prison sous caution, l’illustre suspect de 65 ans était interrogé sur des transferts d’argent émanant du groupe nippon, à un distributeur de véhicules du constructeur à l’étranger, plus exactement à Oman.

Les éléments les plus graves reprochés à Carlos Ghosn à ce jour ?

Sur un total de 15 millions de dollars versés à cet intermédiaire entre fin 2015 et mi-2018, 5 millions ont été utilisés à des fins d’enrichissement personnel, selon le bureau des procureurs. Dans un communiqué, Nissan a annoncé une action en justice, « réclamant des sanctions d’une sévérité appropriée » face à « une faute totalement inacceptable ». De l’avis des experts, il s’agit des éléments les plus graves qui sont reprochés à Carlos Ghosn à ce jour, cinq mois après son interpellation initiale qui a scellé sa chute, le 19 novembre dans la capitale japonaise.

D’après des sources proches du dossier, cet argent a été injecté via une société au Liban dans un fonds contrôlé par son fils Anthony aux Etats-Unis, Shogun Investments LLC, qui l’aurait réinvesti dans quelque 30 firmes. D’autres entreprises « coquilles vides » ont été identifiées sur une période plus ancienne. L’argent aurait également servi à l’achat d’un luxueux bateau, d’un coût de 12 millions d’euros, baptisé « Shachou » (patron en japonais).

Ses avocats veulent une nouvelle libération dans l’attente du procès

Le naguère tout-puissant PDG, qui a hissé Renault-Nissan-Mitsubishi Motors au sommet, avait déjà été inculpé à trois reprises. Deux pour déclarations inexactes de revenus sur les années 2010 à 2018, dans des documents remis par Nissan aux autorités financières, et une déjà pour abus de confiance. Il est notamment accusé d’avoir tenté de faire couvrir par la compagnie des pertes sur des investissements personnels lors de la crise économique de 2008.

Il avait été relâché le 6 mars après 108 jours dans le centre de détention de Kosuge (nord de Tokyo), moyennant le versement d’une caution d’un milliard de yens (8 millions d’euros), et assigné à résidence. Contre l’avis du parquet, le tribunal avait alors écarté les risques de destruction de preuves et de fuite, une situation qui n’a, selon ses avocats, pas changé et pourrait justifier une nouvelle libération dans l’attente de son procès, qui n’est pas prévu avant plusieurs mois. Il devra le cas échéant s’acquitter d’une deuxième caution.