Le Soudan s'enfonce un peu plus dans la crise

REVOLTE Depuis la destitution le 11 avril par l'armée du président déchu Omar el-Béchir, les manifestants demandent le transfert du pouvoir à une autorité civile. Ils viennent d'annoncer dimanche soir la rupture des discussions avec l'armée

20 Minutes avec AFP

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Des manifestants soudanais scandent des slogans en brandissant des drapeaux nationaux soudanais lors d'une manifestation devant le complexe militaire de Khartoum, dans la capitale, le 20 avril 2019.
Des manifestants soudanais scandent des slogans en brandissant des drapeaux nationaux soudanais lors d'une manifestation devant le complexe militaire de Khartoum, dans la capitale, le 20 avril 2019. — OZAN KOSE / AFP

Les responsables de la contestation au Soudan ont annoncé dimanche la suspension des discussions avec les militaires, et appelé à intensifier les manifestations devant le QG de l'armée pour réclamer un pouvoir civil.

«Nous suspendons nos discussions avec le Conseil militaire», a déclaré un porte-parole des organisations représentant la contestation, Mohamed al-Amine, devant des milliers de personnes rassemblées devant les bâtiments de l'armée à Khartoum. «Nous considérons le Conseil militaire comme un prolongement du régime» de l'ex-président Omar el-Béchir, destitué le 11 avril dernier, a-t-il ajouté en appelant à intensifier les manifestations.

Un peu plus tôt dans la journée, le chef du Conseil militaire de transition, Abdel Fattah al-Burhane, avait pourtant affirmé son engagement à remettre le pouvoir au peuple, à quelques heures d'une conférence de presse prévue par les meneurs de la contestation.

Le général Burhane assurait que l'armée répondrait dans la semaine aux demandes des manifestants, rassemblés par milliers depuis plus de deux semaines devant le QG de l'armée à Khartoum pour obtenir le transfert du pouvoir à une autorité civile.

Des manifestants qui campent par milliers devant le QG de l’armée

Le chef du Conseil militaire de transition s'exprimait à l'occasion de sa première interview à la télévision nationale depuis la destitution le 11 avril par l'armée du président déchu sous pression d'une révolte inédite. Le mouvement a été déclenché le 19 décembre après la décision du gouvernement Béchir de tripler le prix du pain, dans un pays en plein marasme économique. Il s'est rapidement transformé en contestation inédite contre Omar el-Béchir, qui se trouve actuellement dans une prison de Khartoum.

Les manifestants campent par milliers devant le QG de l'armée à Khartoum pour maintenir la pression, selon un correspondant de l'AFP sur place.

L'Association des professionnels soudanais (SPA), en première ligne de la contestation, avait indiqué vendredi que «les noms des membres d'un Conseil civil chargé des affaires du pays seraient annoncés lors d'une conférence de presse dimanche à 19h locales (17h GMT)» devant ce QG.

Dans l’attente du transfert du pouvoir à une autorité civile

«Il y aura une conférence de presse aujourd'hui à l'heure et à l'endroit annoncés», a indiqué dimanche à l'AFP Ahmed al-Rabia sans plus de précisions. Ce chef de la SPA avait dit samedi que l'annonce du Conseil civil pourrait être reportée, après des discussions entre leaders de la contestation et dirigeants militaires.

Des diplomates étrangers et des journalistes ont été conviés à la conférence de presse. Mais au sit-in, les manifestants s'impatientent. «Nous attendons l'annonce aujourd'hui», a dit à l'AFP Romaysaa Omar, une manifestante au QG de l'armée. «L'ensemble du peuple soudanais est en faveur de l'annonce d'un tel Conseil».

Sifflant et agitant des drapeaux nationaux, des dizaines de manifestants ont pris place sur un pont, frappant pierres contre métal dans des battements rythmés. «Nous resterons là jusqu'à ce que ce que nos demandes soient satisfaites», a dit Al-Baraa Youssef, également présent au QG de l'armée.

Des discussions entamées depuis samedi

Samedi, les dirigeants militaires, qui ont jusque-là résisté aux appels à transférer le pouvoir, et les leaders de la contestation ont eu des discussions et ont convenu de les poursuivre.

«Nous avons clarifié notre demande principale, qui est le transfert du pouvoir à des autorités civiles», a expliqué Siddiq Youssef, un responsable de l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC) qui chapeaute les partis politiques et groupes de la société civile menant la contestation.

Selon Ahmed al-Rabia, le mouvement de contestation réclame au Conseil militaire «un calendrier pour le transfert du pouvoir, afin que les choses ne traînent pas».