Ukraine: Le comédien Zelensky grand favori du second tour des élections présidentielles

ELECTIONS L’acteur et humoriste, néophyte en politique, devrait être élu président de l’Ukraine face au sortant Petro Porochenko

Oihana Gabriel

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Un membre d'une commission locale pour les élections en Ukraine affiche un portrait du comédien Volodymyr Zelensky favori des sondages pour le second tour de l'élection présidentielle en Ukraine dimanche 21 avril 2019.
Un membre d'une commission locale pour les élections en Ukraine affiche un portrait du comédien Volodymyr Zelensky favori des sondages pour le second tour de l'élection présidentielle en Ukraine dimanche 21 avril 2019. — AFP

Sauf coup de théâtre, l'Ukraine s’apprête à faire un saut dans l’inconnu : le comédien novice en politique Volodymyr Zelensky part dimanche grand favori du second tour de la présidentielle dans ce pays en guerre aux portes de l’Union européenne.

Un acteur de 41 ans

Cinq ans après la révolution pro-occidentale du Maïdan, les Ukrainiens semblent déterminés à renverser de nouveau la table en préférant un acteur et humoriste de 41 ans au sortant Petro Porochenko. A 53 ans, ce dernier paye son incapacité à mettre fin au conflit dans l’Est, les scandales à répétition éclaboussant la classe politique et les difficultés économiques de l’un des pays les plus pauvres d’Europe. Ouverts à 5h GMT (7h heure de Paris), les bureaux de vote fermeront à 17h GMT (19h heure de Paris). Des premiers sondages sortie des urnes sont attendus dès la clôture du scrutin avant que de premiers résultats partiels ne soient publiés dans la nuit.

Retournement de situation

Inimaginable il y a encore quelques semaines, une victoire de Volodymyr Zelensky, nouveau soubresaut de la vague mondiale anti-élites, est considérée comme acquise par bien des observateurs à Kiev. Largement en tête du premier tour avec un score double de celui de son rival, Volodymyr Zelensky était crédité de plus de 70 % des intentions de voix dans les derniers sondages avant le second tour. Rares sont ceux qui ont pris au sérieux le comédien lorsqu’il a annoncé sa candidature le 31 décembre. Ont suivi quatre mois de campagne hors normes menée essentiellement sur les réseaux sociaux, où il s’est posé en « mec simple » voulant « casser le système » à l’image du professeur d’histoire sympa élu président qu’il incarne dans une série télévisée.

Cap pro-occidental

Au-delà de sa promesse de maintenir le cap pro-occidental pris en 2014, la politique que mènerait Volodymyr Zelensky reste très floue même s’il a tenté entre les deux tours de renforcer sa crédibilité, s’entourant de conseillers plus expérimentés et s’exprimant enfin dans la presse. Pour mettre au jour l’inexpérience de son rival, le chef de l’Etat sortant comptait sur le débat de l’entre-deux tours. Tenu vendredi, après des négociations rocambolesques, dans un stade de Kiev, le face-à-face n’a pas changé la donne, donnant lieu à un échange d’invectives plus qu’à une discussion sur le fond.

« On veut du nouveau »

Dans un bureau de vote installé dans une clinique de Kiev, Galyna, 81 ans, résume son choix de voter pour le comédien : « Je suis contre Porochenko ». « Il faut donner une chance à la jeunesse », abonde Natalia, âgée elle aussi de 81 ans. « On veut du nouveau. On a vu ce qu’a fait Porochenko, on est fatigués. Zelensky est intelligent, talentueux, c’est quelqu’un de bien ». « Les gens sont devenus fous », soupire Viktoria, 39 ans, venue voter pour le président sortant. « Les gens votent pour un personnage de fiction. Mais le cinéma et la réalité, ce sont des choses différentes. »

Nadia, 18 ans, n’a « aucune confiance en Zelensky » : « Il n’a pas assez d’expérience politique, il n’arrivera pas à négocier, à disposer de la force nécessaire pour obtenir des conditions nécessaires pour l’Ukraine ».

La guerre a fait près de 13.000 morts

Les enjeux sont considérables pour cette ex-république soviétique confrontée à une crise inédite depuis son indépendance en 1991, mais aussi pour les relations à couteaux tirés entre la Russie et les Occidentaux. L’arrivée au pouvoir de pro-occidentaux en 2014 a été suivie de l’annexion de la péninsule de Crimée par la Russie et d’une guerre qui a fait près de 13.000 morts en cinq ans dans l’est. Cette crise a largement contribué aux graves tensions actuelles entre la Russie et les Occidentaux, qui ont décrété des sanctions réciproques.

Une élection très suivie à l’international

Si elle se confirme, l’élection d’un nouveau président inexpérimenté sera suivie de très près par les chancelleries. Vendredi, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a appelé les deux candidats et a « réitéré l’engagement (des Etats-Unis) à travailler avec celui que le peuple ukrainien choisira, quel qu’il soit ».

La semaine dernière, les candidats avaient été reçus à Paris par le président français Emmanuel Macron. « Une présidence de cinq ans, ce n’est pas une comédie (télévisée) qu’on peut éteindre si ce n’est plus drôle. Ni un film d’horreur facile à arrêter », a plaidé le président sortant samedi sur sa page Facebook, appelant les électeurs à « penser à l’Ukraine ». Si Petro Porochenko est crédité par ses supporters d’avoir rapproché l’Ukraine des Occidentaux, redressé l’armée et évité une faillite de son pays, l’un des plus pauvres d’Europe, aucun haut responsable n’a été condamné pour corruption et le processus de paix semble dans l’impasse.