Algérie: Une nouvelle manifestation attendue pour le 9e vendredi de suite

CONTESTATION Si les Algériens ont obtenu les démissions d'Abdelaziz Bouteflika et du président du Conseil constitutionnel, ils attendent encore d'autres concessions

20 Minutes avec AFP

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En Algérie, les manifestations prennent de l'ampleur contre un cinquième mandat de Bouteflika.
En Algérie, les manifestations prennent de l'ampleur contre un cinquième mandat de Bouteflika. — Arslane Bestaoui/SIPA

Après le départ d’Abdelaziz Bouteflika et la démission du président du Conseil constitutionnel, les Algériens, galvanisés par les concessions obtenues depuis le début de leur contestation du pouvoir et bien décidés à en arracher davantage, sont attendus dans la rue, ce vendredi, le 9e consécutif.

Depuis le début de la mobilisation, le 22 février dernier, les Algériens ont réussi à faire pression sur l’exécutif : Abdelaziz Bouteflika, qui gouvernait le pays sans partage depuis vingt ans, a renoncé à briguer un nouveau mandat, annulé la présidentielle prévue le 18 avril, et quitté le pouvoir.

Vers la chute des « 3B » ?

Les manifestants ont obtenu, cette semaine, la chute d’un nouveau cacique du régime. Tayeb Belaiz, président du Conseil constitutionnel, un proche de l'ex-président, a démissionné. Avec Abdelkader Bensalah, chef de l'Etat par intérim, et le Premier ministre Noureddine Bedoui, Tayeb Belaiz était l’un des « 3B », membres du premier cercle autour d’Abdelaziz Bouteflika.

En 2013, alors qu’Abdelaziz Bouteflika était hospitalisé durant 80 jours à Paris en raison d’un AVC, puis à nouveau en mars dernier, il était resté sourd aux demandes d’enclencher la procédure déclarant le président « empêché » de gouverner. En tant que président du Conseil constitutionnel, il était le seul à pouvoir le faire. La démission de Tayeb Belaiz devrait être loin de suffire à apaiser les manifestants qui ont peu ou prou obtenu une concession​, un recul ou une tête après chaque vendredi d’imposante mobilisation.

Des concessions inaudibles face à la contestation

Sans compter le fait que son remplaçant, Kamel Feniche, haut magistrat membre depuis 2016 du Conseil constitutionnel et inconnu du grand public a, pour les contestataires, toutes les caractéristiques du fidèle serviteur du « système » dont ils entendent se débarrasser. Depuis sa nomination, d’anciens militants berbéristes l’accusent d’avoir, alors qu’il était procureur, requis et obtenu des années de prison contre des lycéens et étudiants ayant pris part en mai 1981 à Béjaia (Kabylie) à des manifestations.

Au-delà de la personne de Tayeb Belaiz, la contestation refuse toujours que les institutions et personnalités de l’appareil mis en place par Abdelaziz Bouteflika gèrent la transition née de sa démission. Et notamment qu’une présidentielle soit organisée sous 90 jours comme le dispose le processus prévu par la Constitution. Un processus soutenu par l’armée, replacée au centre du jeu politique par la démission de Abdelaziz Bouteflika, face à une classe politique – camp présidentiel mais aussi opposition – inaudible face à la contestation.

« Trouver une solution à la crise dans les meilleurs délais »

« Toutes les options restent ouvertes pour (…) trouver une solution à la crise dans les meilleurs délais », a néanmoins souligné cette semaine le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée et de facto homme fort de l’Algérie, laissant penser que l'institution militaire pourrait assouplir sa position. Il a aussi affirmé que l’armée ne tournerait pas ses armes contre le peuple et veillerait «à ce qu'aucune goutte de sang algérien ne soit versée». Abdelkader Bensalah a lui entamé jeudi une série de rencontres « dans le cadre de la volonté de concertation », selon la présidence.

Les premières rencontres avec des « personnalités nationales » semblent loin de la volonté de changement affichée par la contestation : Abdelaziz Ziari, successivement ministre, conseiller présidentiel, président de l’Assemblée nationale sous le règne d’Abdelaziz Bouteflika, Abdelaziz Belaid, patron d’un micro-parti proche du pouvoir, et Me Miloud Brahimi, ténor des prétoires depuis des décennies.