Rapport Mueller: Donald Trump se dit blanchi mais il n'est pas tiré d'affaire sur l'obstruction

ETATS-UNIS Le procureur a refusé de se prononcer sur les intentions du président américain mais le Congrès pourrait se saisir des nombreux éléments problématiques de son rapport

Philippe Berry

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Donald Trump le 24 mars 2019, à Washington.
Donald Trump le 24 mars 2019, à Washington. — Alex Brandon/AP/SIPA

Après 23 mois d’enquête, le rapport Mueller a donc été publié, jeudi. En 448 pages (attention, le pdf fait 150 Mo), le procureur chargé d’enquêter sur la campagne de Donald Trump et la Russie présente les faits et ses conclusions. Donald Trump a, une nouvelle fois, crié victoire, s’exclamant : « Pas de collusion, pas d’obstruction ! » Mais sur ce dernier point, le président américain est loin d’être tiré d’affaire : Robert Mueller a décidé de laisser l’affaire entre les mains du Congrès. Et le sénateur démocrate Richard Blumenthal a déclaré que le rapport « présentait un cas crédible d’obstruction à la Justice. »

Sur la collusion, Trump a flirté avec Moscou sans franchir la ligne rouge

« Les indices n’étaient pas suffisants pour accuser les membres de l’équipe de campagne de Trump de s’être coordonnés avec des représentants du gouvernement russe pour influencer l’élection de 2016 », note Mueller. Mais l’enquête revient notamment sur le piratage des emails du parti démocrate et de Clinton, leur publication par WikiLeaks, ainsi que sur le meeting à la Trump Tower entre Donald Trump Jr et une avocate russe ayant promis des « informations compromettantes » sur Clinton.

« L’enquête a établi de nombreux liens entre la campagne de Trump et des individus liés au gouvernement russe. Parfois, la campagne de Trump a été réceptive à l’offre (de Moscou) », souligne le rapport. Mais si le fils du président a échappé à une inculpation, c’est notamment « parce qu’il n’avait pas conscience d’avoir agi illégalement » en rencontrant l’avocate russe, et que cette dernière n’a finalement pas honoré sa promesse.

De même, Donald Trump a directement demandé à son conseiller Michael Flynn d’obtenir les emails de Clinton, mais ce dernier n’a pas réussi malgré ses efforts. Au final, c’est principalement car la barre pour prouver une « conspiration » est extrêmement haute, et qu’elle est jugée sur les résultats et pas les intentions, que Mueller a conclu qu’il n’y avait pas eu de collusion.

Sur l’obstruction, Mueller envoie la patate chaude au Congrès

Demande de clémence pour Flynn, limogeage de James Comey, efforts pour virer Robert Mueller… Le rapport examine 10 moments qui pourraient être considérés comme de l’obstruction à la justice. « Ce rapport ne conclut pas que le président a commis un crime, mais il ne l’exonère pas non plus. » « En même temps, si nous avions la certitude que le président n’a pas entravé la justice, nous le dirions » Donald Trump a notamment ordonné à l’avocat de la Maison Blanche de virer Mueller mais Don McGahn a refusé, mettant sa démission dans la balance. Trump a fait marche arrière mais a ensuite demandé à l’avocat de mentir.

Mueller renvoie la balle au Congrès, « qui dispose du pouvoir d’empêcher le président d’exercer son pouvoir de façon corrompue. » C’est en effet sur les intentions que se joue le délit d’entrave à la justice, et Mueller estime qu’il n’y a pas d’élément assez fort pour une inculpation, et que l'affaire est compliqué par l'immunité partielle d'un président américain. Mais la barre est moins haute au Congrès pour un impeachment, qui est un processus politique et pas judiciaire.

Le sénateur démocrate Richard Blumenthal a rapidement réagi, indiquant qu’il n’avait pas lu l’intégralité du rapport, mais qu’il présentait, selon lui, « un cas crédible d’obstruction à la Justice. » Plusieurs élus ont, eux, réclamé de pouvoir entendre Robert Mueller directement. Le feuilleton n’est pas encore terminé.