Indonésie: Le président sortant Joko Widodo donné gagnant après une élection de tous les records

SCRUTIN A 57 ans, il cultive une certaine ressemblance physique avec Barack Obama, qui lui vaut le surnom d'« Obama indonésien »

20 Minutes avec AFP

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Joko et Iriana Widodo au moment de leur vote, le 17 avril 2019.
Joko et Iriana Widodo au moment de leur vote, le 17 avril 2019. — Denny Natanael Pohan/REX/SIPA

En Indonésie, le président sortant est donné favori. Joko Widodo apparaît ce mercredi en course pour un second mandat à la tête du plus grand pays musulman au monde, selon les premières estimations de trois instituts de sondages. Plus de 190 millions d’Indonésiens étaient appelés aux urnes, de Borneo à Jakarta, pour élire leur président mais aussi renouveler leur parlement national et local lors d’un scrutin géant.

Joko Widodo, 57 ans, vu comme un musulman modéré, et son adversaire l’ex-général Prabowo Subianto qui veut diriger le pays avec poigne, ont mené des campagnes virulentes et multiplié les efforts pour séduire l’électorat musulman conservateur. Selon les estimations de trois instituts de sondage – Saiful Mujani Research Centre, Indo Barometer et Indikator Politik Indonesia – calculées à partir des premiers comptages dans les bureaux de vote, Joko Widodo bénéficiait de quelque 55 % des voix contre 44 % environ à son adversaire.

La première ligne de métro de Jakarta

Joko Widodo a fait campagne sur son bilan de construction d’infrastructures, dont la première ligne de métro de Jakarta ouverte opportunément en mars. Mais pour les ONG, son action sur les droits de l’Homme n’a pas été à la hauteur des attentes suscitées par celui qui était décrit comme l'«Obama indonésien » au moment de son arrivée au pouvoir pour ses origines modestes et une certaine ressemblance physique.

Le président Jokowi a choisi le prédicateur islamiste conservateur Ma’ruf Amin pour être son candidat à la vice-présidence. Une stratégie destinée à donner des gages à l’électorat musulman conservateur, mais qui inquiète les plus progressistes. L’ancien général Prabowo Subianto, 67 ans, s’est de son côté rapproché des groupes islamiques les plus radicaux et a promu une hausse des dépenses de défense et de sécurité. Sur le plan économique il vante une politique protectionniste « Indonesia first » inspirée de Donald Trump et a promis de remettre en cause des milliards de dollars d’investissements chinois dans le pays.

800.000 bureaux de vote

Si ces deux candidats se détachent, ils n’étaient pas les seuls en lice. Avec un nombre de 245.000 candidats, l’Indonésie organisait l’élection la plus importante de son histoire et la plus complexe. « Je suis très heureuse parce que je peux toujours voter à mon âge avancé. Mais c’est très compliqué parce qu’il y a beaucoup de bulletins de vote », a noté Suparni, une femme de 79 ans qui comme de nombreux Indonésiens ne porte qu’un nom, et votait en Papouasie.

Dans les plus de 800.000 bureaux de vote déployés sur l’archipel, les électeurs devaient percer des trous dans les bulletins pour choisir leurs candidats puis tremper leur doigt dans de l’encre certifiée halal, une mesure destinée à empêcher les votes multiples. Cette élection est un défi logistique dans un archipel de 17.000 îles qui s’étend sur 4.800 kilomètres de l’extrémité ouest de l’île de Sumatra, en passant par Java ou Bali, jusqu’à la Papouasie, sa province la plus orientale.

Le matériel électoral a été acheminé par avion, bateau, moto, porteur ou bête de somme dans les zones les plus difficiles à atteindre. Afin d’assurer une forte participation, les scrutateurs d’un bureau de vote du sud de Jakarta se sont déguisés en fantômes et vampires pour accueillir les électeurs, tandis qu’à Surabaya (province de Java orientale) ils ont adopté des panoplies de superhéros. Si l’issue de cette élection est encore incertaine, le scrutin est déjà celui de tous les records.