Finlande: Les sociaux-démocrates grands favoris des législatives de ce dimanche

SCANDINAVIE Quatre ans après l’entrée au gouvernement de l’extrême droite, la Finlande pourrait connaître de ce dimanche un gros coup de barre à gauche

R.G.-V. avec AFP

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Antti Rinne, le chef des sociaux-démocrates finlandais, pourrait devenir le premier chef de gouvernement de gauche du pays depuis vingt ans.
Antti Rinne, le chef des sociaux-démocrates finlandais, pourrait devenir le premier chef de gouvernement de gauche du pays depuis vingt ans. — Frederic Sierakowski/ISOP/SIPA

Eprouvés par quatre années d’austérité ayant permis de sortir le pays nordique de l’ornière, les Finlandais votent dimanche pour reconduire la coalition de centre-droit ou élire les sociaux-démocrates, favoris face à une extrême droite toujours puissante. Le candidat social-démocrate Antti Rinne s’assure pour le moment une courte avance sur les Vrais Finlandais ( extrême droite) et le Parti de la coalition nationale (droite), au coude-à-coude, d’après les derniers sondages.

Aucun des partis ne parvient à franchir la barre des 20 % des intentions de vote, une situation rare qui pourrait rendre difficile les tractations pour former un gouvernement. La droite et la gauche disent ne pas vouloir collaborer avec l’extrême droite, sans pour autant totalement fermer la porte à de possibles négociations avec les Vrais Finlandais.

Glissement vers la gauche

« Peut-être verrons-nous une sorte de glissement vers la gauche, mais je ne pense pas qu’il s’agira d’un changement majeur, car ici en Finlande, il n’est pas très courant que la politique prenne un tout autre tournant après les élections », indique la chroniqueuse politique Sini Korpinen. D’après les sondages, les partis de gauche pourraient obtenir 43 à 45 % des suffrages, contre 37 % en 2015.

A 56 ans, Antti Rinne, ancien ministre des Finances qui a fait l’essentiel de sa carrière dans le syndicalisme, a conduit une campagne contre les mesures de rigueur du Premier ministre centriste Juha Sipilä. Il s’est engagé à améliorer les conditions de vie des personnes âgées, en promettant d’augmenter de 100 euros par mois les retraites les plus basses.

Les réductions budgétaires au centre des préoccupations

Selon Sini Korpinen, « les gens en ont marre face à certaines réductions » budgétaires. Elle cite en exemple les coupes claires dans l’éducation, un secteur de prestige dans le pays nordique, le système éducatif finlandais restant parmi les meilleurs élèves du monde au classement PISA. La Finlande, qui a connu de longues années de marasme à partir de 2012, se redresse peu à peu alors que son gouvernement mise sur l’austérité salariale et budgétaire. Le pays s’est finalement désempétré de la récession en 2016, soit la deuxième reprise la plus lente de la zone euro après la crise financière de 2008.

Le défi du prochain gouvernement sera aussi de s’attaquer à l’épineuse question de la protection sociale -en Finlande, l’Etat-providence est l’un des plus généreux au monde-, dans un contexte de vieillissement de la population et d’une baisse du taux de natalité. Le 8 mars dernier, à cinq semaines du scrutin, Juha Sipilä avait présenté la démission de son gouvernement après avoir échoué à faire passer une réforme du système de santé. Une décision qualifiée de « manœuvre politique » par l’opposition. Le gouvernement continue à gérer les affaires courantes jusqu’à la formation d’un nouveau cabinet.

L’immigration imposée par l’extrême droite

La question de l’immigration s’est aussi imposée comme un enjeu électoral de premier plan -bien qu’en Finlande seuls 6,6 % des 5,5 millions d’habitants soient nés à l’étranger. En décembre et en janvier, l’arrestation hypermédiatisée d’une dizaine d’hommes d’origine étrangère soupçonnés d’agressions sexuelles avait suscité l’indignation dans le pays et une vague de soutien en faveur des Vrais Finlandais. La formation populiste s’est engagée à réduire considérablement l’immigration et à renforcer les règles d’asile.

Dans la foulée, les parlementaires ont accepté la mise en place urgente de mesures plus sévères à l’encontre des criminels sexuels nés à l’étranger. « Les Vrais Finlandais ont eu un effet sur la façon dont nous parlons de l’immigration », estime Sini Korpinen. Le parti dénonce également l'« hystérie climatique » de ses adversaires, affirmant que les citoyens ne devraient pas avoir à payer des mesures supplémentaires contre le changement climatique.

Les Vrais Finlandais en embuscade

Après leur rentrée au gouvernement en 2015, les sondages ont été très mauvais durant toute la législature pour les Vrais Finlandais, constamment sous la barre des 10 %. Il a payé sa participation à un gouvernement de centre-droit et la modération de ses positions notamment sur l’Europe a été perçue comme une trahison par ses militants les plus radicaux.

En 2017, les Vrais Finlandais ont finalement implosé et quitté le gouvernement : une majorité de leurs députés ont fondé Nouvelle Alternative (rebaptisé Réforme bleue par la suite), parti qui reste au pouvoir, les autres se ralliant à son nouveau président, le faucon anti-immigration Jussi Halla-aho. Le parti a pris un point dans les sondages depuis mars et six depuis l’automne. Le parti d’extrême droite se situe désormais entre 14 et 16 %, contre 17,6 % en 2015.