Soudan: Le nouveau pouvoir militaire promet un «gouvernement civil»

DESTITUTION Les principaux chefs de l’armée, désormais au pouvoir, ont confirmé, ce vendredi, qu’Omar el-Béchir était en détention mais qu’il ne serait pas « livré à l’étranger »

20 Minutes avec AFP

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Le général Omar Zinelabidine, le chef du Comité politique du Conseil militaire, lors d'une conférence de presse le 12 avril 2019 à Khartoum, au Soudan.
Le général Omar Zinelabidine, le chef du Comité politique du Conseil militaire, lors d'une conférence de presse le 12 avril 2019 à Khartoum, au Soudan. — ASHRAF SHAZLY / AFP

Au lendemain de la destitution du président soudanais, Omar el-Béchir, par l’armée, le peuple entend désormais chasser les généraux du régime déchu. Pour tenter d’apaiser la contestation, ces derniers ont promis, ce vendredi, la formation d’un « gouvernement civil », sans toutefois fixer d’échéance.

Après avoir renversé le président, les principaux chefs de l’armée, désormais au pouvoir, ont confirmé, ce vendredi, qu’Omar el-Béchir était en détention mais qu’il ne serait pas « livré à l’étranger ». En 2009, la Cour pénale internationale (CPI), basée à La Haye, a lancé un mandat d’arrêt contre Omar el-Béchir pour « crimes de guerre » et « contre l’humanité » au Darfour, ajoutant en 2010 l’accusation de « génocide ».

Les militaires « participeront à la désignation du ministre de l’Intérieur »

Vendredi matin, lors d’une conférence retransmise à la télévision, le général Omar Zinelabidine a tenté d’apaiser les manifestants qui ont bravé le couvre-feu, pour marquer leur refus d’une transition militaire. Jeudi, le ministre de la Défense, Awad Ibnouf, a annoncé l’instauration pour deux ans d’un « Conseil militaire de transition », dont il a pris la direction.

Le futur gouvernement sera « un gouvernement civil », a assuré Omar Zinelabidine – présenté comme le chef du Comité politique du Conseil militaire –, promettant un dialogue de l’armée « avec les entités politiques ». Il a néanmoins indiqué que le ministre de la Défense sera membre de l’armée et que les militaires « participeront à la désignation du ministre de l’Intérieur ». Campant depuis sept jours d’affilée devant le QG de l’armée, les manifestants ont passé la nuit dans le calme. Les militaires au pouvoir ne permettront « aucune atteinte à la sécurité », a prévenu Omar Zinelabidine.

Une session d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU

Plusieurs pays, dont les Etats-Unis et l’Union européenne (UE), ont exhorté jeudi les militaires à intégrer les civils au processus de transition. A l’annonce de la destitution d’Omar el-Béchir, au pouvoir depuis un coup d’Etat en 1989, la foule sortie dans les rues avait d’abord laissé exploser sa joie, embrassant les soldats et dansant sur les chars.

Mais l’enthousiasme est vite retombé et les manifestants ont appelé à poursuivre la contestation, dont l’étincelle de départ a été la décision du gouvernement le 19 décembre de tripler le prix du pain dans ce pays en plein marasme économique. « Les gens ne veulent pas d’un conseil militaire de transition » mais « un conseil civil » a déclaré jeudi dans un tweet Alaa Salah, une étudiante devenue « l’icône » du mouvement. Une session d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Soudan devrait se tenir vendredi à huis clos, à l’appel de six capitales, dont Washington, Paris et Londres.

Intégrer les civils

Les Etats-Unis, qui ont longtemps désigné le Soudan comme l’un de leurs pires ennemis, ont réclamé « une participation des civils au sein du gouvernement », tout en saluant un « moment historique ». L’UE a aussi appelé l’armée à un transfert « rapide » du pouvoir aux civils, tandis que l’Union africaine a critiqué la « prise de pouvoir par l’armée » au Soudan, estimant qu’elle « n’est pas la réponse appropriée aux défis » du pays.

Omar el-Béchir a tenté de réprimer la contestation actuelle par la force avant d’instaurer le 22 février l’état d’urgence à l’échelle nationale, entraînant une baisse de la mobilisation jusqu’à samedi dernier. Selon un bilan officiel, 49 personnes ont été tuées depuis le 19 décembre. L’espace aérien du Soudan a été fermé pour 24 heures et les frontières terrestres jusqu’à nouvel ordre, a déclaré jeudi Awad Ibnouf. Un cessez-le-feu a aussi été annoncé à travers le pays, notamment au Darfour (ouest), où un conflit a fait plus de 300.000 morts depuis 2003 selon l’ONU.

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