A Amiens, Mélenchon vient doper la campagne européenne des Insoumis

REPORTAGE Le leader de La France insoumise était à Amiens ce mercredi pour doper la campagne de la tête de liste européenne Manon Aubry

Laure Cometti

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Manon Aubry et jean-Luc Mélenchon en meeting à Nîmes, le 5 avril 2019.
Manon Aubry et jean-Luc Mélenchon en meeting à Nîmes, le 5 avril 2019. — VINCENT DAMOURETTE/SIPA

L’affiche est « sexy » et le casting « inédit ». Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin et Manon Aubry, voici le trio qui enthousiasme les Insoumis ce mercredi. Le fondateur de La France insoumise (LFI) est venu soutenir la tête de liste européenne à Amiens, dans la circonscription du « député-reporter ». Il a sommé les électeurs de « rendre des coups » à l’Union européenne, jugée antisociale.

En l’espace de deux semaines, c’est la quatrième fois que Jean-Luc Mélenchon vient prêter main-forte à Manon Aubry, après Saint-Brieuc, Caen et Nîmes. Ce soir, la salle amiénoise de 900 places est pleine, remplie de jeunes et de vieux, et de quelques « gilets jaunes ». « La présence de Jean-Luc Mélenchon mobilise », constate Bastien Lachaud, député LFI. Les Insoumis assurent qu’ils avaient prévu de garder cet « effet Mélenchon » pour la troisième et dernière phase de la campagne. « On sait que c’est dans les deux derniers mois que ça se joue ». Avec ce meeting (et de nombreux autres à l’agenda), LFI espère retrouver une dynamique, alors que le mouvement stagne dans les sondages, à 8 % à six semaines du scrutin du 26 mai.

L’emblématique cas Whirlpool

La ville d’Amiens offre un cadre idéal pour la campagne des Insoumis axée tant sur la question sociale que sur le rejet d’Emmanuel Macron. C’est ici que l’usine Whirlpool a fermé il y a un an, malgré l’hypermédiatisation pendant la présidentielle. Dans l’après-midi, François Ruffin a présenté à ses trois collègues Insoumis des anciens salariés du site, dont les activités ont été délocalisées en Pologne.

Pour Manon Aubry, « ça n’a aucun sens : on fabrique des biens dans des usines à l’autre bout du monde, et ensuite on les expédie en avion ou bateau pour les vendre en France. Les questions sociale et écologique sont liées ». La tête de liste prévient : « l’Union européenne a encore une douzaine d’accords de libre-échange dans les cartons ».

« Et puis on va perdre les betteraves… »

Sur scène, chacun attaque Bruxelles à sa façon. Après un bref témoignage d’Evelyne Becker, ex-salariée de Goodyear et candidate aux européennes, François Ruffin raille le Parlement européen : « des dalles de béton, des bâtiments de fer, c’est complètement déshumanisé… C’est La Défense en pire ! ». Puis le natif d’Amiens égrène les usines fermées en Picardie depuis une vingtaine d’années, à cause de l’UE selon lui : « le lave-linge en Slovaquie, les canapés en Roumanie, les pneus de Goodyear, même les chips… Si on perd les patates en Picardie, qu’est-ce qui va nous rester ? Et puis on va perdre les betteraves » La salle rit. Celui qui vient de publier un livre adressé au président, Cette France que tu ne connais pas, souligne aussi que « l’objectif c’est de dire non à l’Europe des Macron ».

Puis Manon Aubry déplore « la casse sociale » et les « 6.600 emplois détruits chaque année, à cause de leur politique de libre-échange (…) combien de vies détruites ! ».

Le tribun Mélenchon pour conclure la soirée

Peu avant 22 heures, le ton monte : Jean-Luc Mélenchon conclut le meeting. C’est lui qui s’est montré le plus offensif, et le plus long (il a parlé près d’une heure, le double de ses deux prédécesseurs), fidèle à son rôle de tribun. Il cible Nathalie Loiseau, tête de liste des marcheurs, et sa proposition d'un Smic dans les pays de l'UE : « elle veut le fixer au niveau d’au moins la moitié du salaire médian, mais avec elle les salariés seraient encore moins bien payés, c’est ça son Europe sociale ! » Il a aussi loué les « gilets jaunes » : « le monde entier voit [dans ce mouvement] l’éternel idéal révolutionnaire de la France ! »

L'attelage semble séduire la salle. «Tous les trois apportent des choses différentes dans leurs discours», note Christophe, 28 ans, «très agréablement surpris par Manon Aubry». Alors que certains les disent en concurrence, Jean-Luc Mélenchon a loué François Ruffin et son documentaire, « une chose magnifique ». « Moi je fais des synthèses, des discours, j’écris… Mais Ruffin, il fait mieux, c’est un artiste, c’est un créateur, son film, c’est un moment d’éducation populaire ! ». A la sortie du meeting, dans le hall, il y avait deux stands : l’un pour les livres de Jean-Luc Mélenchon, l’autre pour ceux de François Ruffin.