Une Allemande de Daesh jugée pour avoir laissé une fillette mourir de soif

ALLEMAGNE L'accusée et son mari avaient acheté la fillette de 5 ans et sa mère issues de la minorité yazidie pour les exploiter en tant qu’esclaves

20 Minutes avec AFP

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L'accusée avait rejoint Daesh en 2014.
L'accusée avait rejoint Daesh en 2014. — Uncredited/AP/SIPA

Accusée d’avoir laissé mourir de soif une fillette réduite en esclavage en Irak et d’appartenance au groupe Daesh, une Allemande est jugée à Munich à partir de mardi pour crime de guerre et meurtre. La mère de la victime compte parmi ses défenseurs l’avocate libano-britannique Amal Clooney, qui ne devrait cependant pas être à l’ouverture du procès au tribunal de Munich, compétent en matière de sécurité et terrorisme.

L’accusée, Jennifer W., aujourd’hui âgée de 27 ans, avait quitté l’Allemagne pour l’Irak pour rejoindre l’organisation djihadiste en septembre 2014, selon l’accusation. Elle encourt la perpétuité. De juin à septembre 2015, elle patrouillait, armée et équipée d’une veste explosive, pour la police des mœurs à Falloujah et Mossoul, deux villes irakiennes alors sous contrôle de Daesh. Cette force veillait notamment au respect des règles de conduite et d’habillement fixées par l’organisation.

Piégée par le FBI

A la même période, elle et son mari ont acheté parmi un groupe de prisonniers une fillette de 5 ans et sa mère issues de la minorité yazidie pour les exploiter en tant qu’esclaves. « Un jour que la petite fille était malade, elle a mouillé son matelas (en urinant). Le mari de l’accusée l’a punie en l’enchaînant à l’extérieur par une chaleur de plomb, la laissant ainsi mourir de soif de manière atroce », explique l’accusation dans un communiqué. « L’accusée a laissé son mari faire et n’a rien entrepris pour sauver la fillette », accuse encore le parquet.

Pour l’avocat de la défense Ali Aydin, interrogé par Der Spiegel, « la question est en réalité de savoir si ma cliente aurait pu faire quelque chose ». Selon la presse allemande, Nora B., la mère de la victime qui vit désormais en Allemagne comme réfugiée, a indiqué aux enquêteurs que l’accusée n’est intervenue que lorsqu’il était trop tard. Déshydratée, la fillette est décédée.

Jennifer W. a été arrêtée par les services de sécurité turcs en janvier 2016 à Ankara, alors qu’elle voulait faire refaire ses papiers à l’ambassade allemande. Quelques jours plus tard, elle a été extradée vers l’Allemagne. Mais elle n’a été placée en détention provisoire qu’en juin 2018, après avoir été arrêtée en tentant à nouveau de rejoindre les territoires que Daesh contrôlait encore en Syrie. Selon le magazine Der Spiegel, c’est au cours de ce départ avorté qu’elle a raconté sa vie en Irak à son chauffeur. Ce dernier était en réalité un informateur du FBI qui la conduisait dans une voiture équipée de micros. Le parquet a utilisé ces enregistrements pour l’inculper.