Algérie: Après la démission de Bouteflika, la population dans la rue pour un 7e vendredi consécutif

CONTESTATION Les Algériens réclament le départ d'Abdelkader Bensalah, Tayeb Belaiz et Noureddine Bedoui, trois hommes-clés, à qui la Constitution confie les rênes du processus d'intérim

20 Minutes avec AFP

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Les manifestations sont quasi-ininterrompues depuis trois semaines en Algérie.
Les manifestations sont quasi-ininterrompues depuis trois semaines en Algérie. — Guidoum / PPAgency/SIPA

Si Abdelaziz Bouteflika a remis sa démission, ce mardi, au Conseil constitutionnel, ce n’est qu’une « demi-victoire » pour les Algériens qui veulent, pour un septième vendredi consécutif, continuer à se mobiliser afin de chasser le «système» du pouvoir et empêcher les anciens fidèles du président déchu de gérer la transition.

Sur les réseaux sociaux, le néologisme « vendredire », inventé par les contestataires et signifiant « manifester joyeusement », a acquis un sens supplémentaire : « faire chuter un régime dictatorial pacifiquement ».

Chasser les « 3B »

Les appels à « vendredire » n’y ont pas pour autant cessé avec un nouveau mot d’ordre : chasser les « 3B », Abdelkader Bensalah, Tayeb Belaiz et Noureddine Bedoui, trois hommes-clés de l’appareil mis en place par Bouteflika et à qui la Constitution confie les rênes du processus d’intérim. Président depuis plus de 16 ans du Conseil de la Nation (chambre haute) par la grâce de Abdelaziz Bouteflika, Abdelkader Bensalah est chargé de le remplacer pour trois mois à la tête de l’Etat, le temps d’organiser une présidentielle.

Tayeb Belaiz, qui fut 16 ans ministre, quasiment sans interruption, préside - pour la deuxième fois de sa carrière - le Conseil constitutionnel, chargé de contrôler la régularité du scrutin. Le Premier ministre Noureddine Bedoui était jusqu’à sa nomination le 11 mars le très zélé ministre de l’Intérieur, « ingénieur en chef de la fraude électorale et ennemi des libertés », comme le qualifie le quotidien francophone El Watan ce jeudi.

« La démission du président ne signifie pas qu’on a eu réellement gain de cause »

Tous trois ont toujours servi fidèlement Abdelaziz Bouteflika, rappellent leurs détracteurs. « Notre victoire est partielle. Les Algériennes et les Algériens n’accepteront pas que des symboles du régime tels qu’Abdelkader Bensalah […] ou le Premier ministre conduisent la période d’intérim et organisent les prochaines élections », a souligné l’avocat Mustapha Bouchachi, une des voix de la contestation.

« Ces symboles du régime ne peuvent pas être une partie de la solution, et nous avons réclamé depuis le 22 février que tout le système, ses symboles et ses clientèles partent. La démission du président ne signifie pas qu’on a eu réellement gain de cause », a-t-il poursuivi. Me Bouchachi a appelé les Algériens à « continuer » à manifester « jusqu’à leur départ à tous » ajoutant que « vendredi doit être un grand jour ».

Des partis et des associations créés

Jeudi, les bureaux des deux chambres du Parlement se sont réunis pour organiser la session parlementaire prévue par la Constitution dans le cadre de la mise en place de l’intérim. Mais aucune date n’était toujours fixée, plus de 48 heures après la démission du chef de l’Etat. Les contestataires réclament à la place la mise sur pied d’institutions de transition, à même de réformer le pays et d’organiser notamment un cadre juridique garantissant des élections libres.

Conscient, le gouvernement donne des gages. Il a notamment enjoint les citoyens à créer des partis et des associations, les invitant même à prendre rendez-vous par téléphone au ministère de l’Intérieur, quand ces mêmes partis et associations peinaient auparavant à obtenir les agréments indispensables. Grand vainqueur de son bras de fer avec l’entourage de Bouteflika, qu’il a contraint in fine à quitter le pouvoir, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée, apparaît comme l’homme fort du pays actuellement.