VIDEO. Affaire Carlos Ghosn: Que reproche exactement la justice japonaise à l'ex-dirigeant?

JAPON L’ex-dirigeant de Renault et Nissan, qui a déjà passé 107 jours en détention au Japon, a de nouveau été interpellé à Tokyo jeudi matin sur la base d'accusations de malversations financières

M.C.

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Carlos Ghosn se rend au cabinet de son avocat à Tokyo, le 3 avril 2019. Lancer le diaporama
Carlos Ghosn se rend au cabinet de son avocat à Tokyo, le 3 avril 2019. — Takuya Itakura/AP/SIPA
  • Carlos Ghosn, qui a déjà passé 107 jours en détention au Japon entre le 19 novembre et le 6 mars, a été interpellé à Tokyo jeudi matin.
  • 20 Minutes fait le point sur cette nouvelle arrestation et sur ce que reproche exactement la justice japonaise à l’ex-numéro un de Renault

Carlos Ghosn est de nouveau en détention. Moins d’un mois après avoir été libéré sous caution, l’ex-dirigeant de Renault et Nissan, qui a déjà passé 107 jours en détention au Japon entre le 19 novembre et le 6 mars, a de nouveau été interpellé à Tokyo jeudi matin, sur la base de nouvelles accusations de malversations financières. 20 Minutes revient sur les différentes étapes de sa détention et sur ses trois précédentes inculpations par la justice japonaise.

Premier volet: « Dissimulation de revenus » entre 2010 et 2015

Le 19 novembre, Carlos Ghosn est arrêté par la police nipponne alors qu’il vient d’atterrir à Tokyo. Il est placé en garde à vue, soupçonné d’avoir omis de déclarer une grande partie de ses revenus aux autorités boursières pendant cinq ans, entre 2010 et 2015. Sa garde à vue est prolongée le 21 novembre, puis de nouveau le 30 novembre. Selon la loi japonaise, il peut être détenu jusqu’à 22 jours sans être formellement inculpé. Le 10 décembre, Carlos Ghosn et son bras droit Greg Kelly sont inculpés pour dissimulation de revenus entre 2010 et 2015. Leur garde à vue est prolongée, pour le même motif, mais sur la période 2015-2018.

Deuxième volet: « Dissimulation de revenus » entre 2015 et 2018 et « abus de confiance »

Le 20 décembre, le tribunal de Tokyo rejette l’extension de garde à vue réclamée par le parquet, faisant espérer à Carlos Ghosn une possible libération. Mais le lendemain, les procureurs le remettent en garde à vue sur de nouvelles accusations d’abus de confiance. Il est accusé d’avoir « imputé sur les comptes de Nissan des pertes d’investissements personnels » au moment de la crise économique de 2008, d’un montant de 1,85 milliard de yens (15 millions d’euros). Il est aussi soupçonné d’avoir effectué des virements d’un compte de la compagnie au bénéfice d’un ami saoudien.

Le 23 décembre, sa garde à vue est prolongée d’abord jusqu’au 1er janvier, puis une nouvelle fois jusqu’au 11. Greg Kelly est lui libéré sous caution le 25 décembre. Le 8 janvier, Carlos Ghosn comparaît pour la première fois devant le juge, fatigué et amaigri, et se dit « faussement accusé et détenu de manière injuste ». Le tribunal rejette sa demande de fin de détention. Le 11 janvier, il fait l’objet de deux nouvelles inculpations, pour abus de confiance et pour avoir minoré ses revenus dans des rapports boursiers de Nissan entre 2015 et 2018.

Le tribunal de Tokyo rejette une nouvelle demande de libération sous caution le 15 janvier, puis à nouveau le 22. Le 30 janvier, il se dit victime « d’un complot et d’une trahison » de la part de dirigeants de Nissan, dans une toute première interview depuis son arrestation, accordée au journal Nikkei.

En février, il change son équipe de défense, optant pour une stratégie plus « musclée » avec Junichiro Hironaka, un avocat de 73 ans qui a notamment participé avec succès en 2012 à la défense d’un homme politique influent accusé d’implication dans une affaire de financements non déclarés de campagne. Le 5 mars, le tribunal de Tokyo accepte la mise en liberté de Carlos Ghosn pour une caution d’1 milliard de yens (8 millions d’euros). Il a interdiction de quitter le Japon, de rencontrer ou de communiquer avec des protagonistes de l’affaire et même d’utiliser Internet.

Troisième volet: « Soupçons sur des transferts d’argent » à Oman

Il emménage le 6 mars dans un appartement de Tokyo placé sous surveillance vidéo et assiégé par les médias japonais, préparant sa défense pour le procès à venir. Mercredi 3 avril, menacé selon les médias japonais de nouvelles poursuites, il annonce sur Twitter une conférence de presse pour le 11, pour « dire la vérité sur ce qu’il se passe ». Il sera de nouveau interpellé ce jeudi 4, dénonçant une « arrestation révoltante ».

Carlos Ghosn est cette fois soupçonné d’avoir utilisé la « réserve du PDG » de Nissan, un fonds destiné à parer à des imprévus, pour transférer 35 millions de dollars à la société Suhail Bahwan Automobiles, un distributeur de véhicules Nissan basé à Oman.

Une partie de cette somme lui serait ensuite revenue après avoir transité par une compagnie libanaise, « Good faith investments », gérée par des proches. L’argent aurait servi à acheter un yacht d’une part, et à investir d’autre part dans un fonds d’investissement dirigé par son fils aux Etats-Unis. Des flux financiers similaires avaient également été signalés ces derniers jours par Renault à la justice française, à l’issue d’une enquête interne du constructeur.