VIDEO. Algérie: Au lendemain de la formation d'un nouveau gouvernement, la population reste mobilisée

CRISE Le nouveau gouvernement reste composé pour plus du quart de ministres de la précédente équipe

20 Minutes avec AFP

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Les manifestations sont quasi-ininterrompues depuis trois semaines en Algérie.
Les manifestations sont quasi-ininterrompues depuis trois semaines en Algérie. — Guidoum / PPAgency/SIPA

La nomination d’un nouveau gouvernement, essentiellement composé de technocrates, n’a pas suffi à calmer la grogne du peuple algérien, qui continue de réclamer le départ du président Abdelaziz Bouteflika.

Après l’annonce du gouvernement, dimanche soir, quelques centaines de personnes ont manifesté dans la nuit à Alger. Ce gouvernement, loin du rajeunissement annoncé, reste composé essentiellement de hauts fonctionnaires et pour plus du quart (8 sur 28) de ministres de la précédente équipe, dont les deux poids lourds : le Premier ministre Noureddine Bedoui et le général Ahmed Gaïd Salah, numéro 2 dans l’ordre protocolaire.

Vingt jours pour former le nouveau gouvernement

Noureddine Bedoui, un fidèle d’Abdelaziz Bouteflika, a été décrié dès sa nomination, le 11 mars, en raison de ses précédentes fonctions de zélé ministre de l’Intérieur, peu à même d’inspirer confiance à la contestation. Il aura mis 20 jours pour former son gouvernement, annoncé comme devant gérer les affaires courantes durant une « transition » annoncée à une date incertaine.

Inamovible chef d’état-major de l’armée depuis 15 ans, le général Gaïd Salah, conserve son portefeuille de vice-ministre de la Défense qu’il détient depuis 2013, après avoir semblé engager un bras de fer avec l’entourage présidentiel​. Fidèle indéfectible d’Abdelaziz Bouteflika jusqu’à il y a peu, le général Gaïd Salah a fermement réitéré dimanche la nécessité du départ du pouvoir du chef de l’Etat, avant la fin de son mandat le 28 avril. Abdelaziz Bouteflika a été  lâché durant la semaine par une bonne partie de ses soutiens.

Vers une démission prochaine de Bouteflika ?

Après avoir envisagé une inquiétante « guerre de tranchées » entre l’armée et le clan Bouteflika, les médias algériens bruissent désormais des rumeurs d’une démission prochaine du chef de l’Etat de 82 ans, affaibli depuis 2013 par les séquelles d’un AVC et contesté de manière inédite et massive dans la rue depuis le 22 février.

La nomination du gouvernement, initialement censé - à défaut de calmer la rue - donner une apparence de normalité institutionnelle intervient dans un contexte de désagrégation du « système » au pouvoir, sur fond de rumeurs entre « chasse aux sorcières » et « les rats quittent le navire ».

Certaines personnalités, susceptibles de faire l’objet d’enquêtes, interdites de sortie de territoire

Symbole : l’arrestation nocturne lundi, pour des raisons encore inconnues, à un poste-frontière avec la Tunisie, de l’homme d’affaires Ali Haddad, PDG du principal groupe de BTP du pays, largement dépendant des marchés publics, et proche du chef de l’Etat et surtout de son frère et conseiller Saïd Bouteflika.

Président démissionnaire de la principale organisation patronale d’Algérie, le Forum des chefs d’entreprise (FCE), devenu un instrument politique au service du pouvoir, il est l’incarnation aux yeux des Algériens des liens ambigus entre l’entourage du chef de l’Etat et les milieux économiques. L’autorité de l’aviation civile a également interdit tout mouvement d’avions privés appartenant à des ressortissants algériens sur les aéroports du pays pour, selon certains médias algériens, empêcher certaines personnalités, susceptibles de faire l’objet d’enquêtes, de fuir le territoire national.