La seconde accusée du meurtre du demi-frère de Kim Jong-un devrait être libérée en mai

MALAISIE Dans un nouveau revirement, le parquet a proposé lundi d’abandonner l’accusation de meurtre à son égard pour avoir infligé des blessures avec des armes dangereuses

20 Minutes avec AFP

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Doan Thi Huong après l'annonce de sa libération prochaine, le 1er avril 2019.
Doan Thi Huong après l'annonce de sa libération prochaine, le 1er avril 2019. — Vincent Thian/AP/SIPA

Doan Thi Huong, une Vietnamienne jugée pour son rôle dans l’assassinat aux relents de guerre froide du demi-frère du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un en Malaisie, devrait être libérée en mai après que le parquet a renoncé lundi à la poursuivre pour meurtre.

La jeune femme était restée seule sur le banc des accusés pour le meurtre du Nord-Coréen Kim Jong-nam à l’aide d’un agent neurotoxique à l’aéroport de Kuala Lumpur en 2017, après la libération surprise de sa coaccusée indonésienne le mois dernier.

Doan Thi Huong a plaidé coupable lundi d’un nouveau chef d’accusation remplaçant celui de meurtre, et a été condamnée à une peine de trois ans et quatre mois de prison par la Haute cour malaisienne de Shah Alam. Avec les remises de peine, « elle rentrera à la maison la première semaine de mai », a précisé Hisyam Teh Poh Teik, un de ses avocats, devant le tribunal situé à proximité de la capitale Kuala Lumpur.

Arme de destruction massive

La jeune femme de 30 ans s’est dite « heureuse » de cette décision de justice. « C’est un jugement équitable, je remercie le gouvernement malaisien et le gouvernement vietnamien », a-t-elle indiqué à des journalistes. Elle affichait un grand sourire en étant escortée hors du tribunal vers la prison où elle doit purger le reste de sa peine.

Doan Thi Huong et une Indonésienne, Siti Aisyah, étaient les seules accusées dans le procès de l’assassinat de Kim Jong Nam, détracteur du régime nord-coréen en exil, dans une opération spectaculaire à l’aéroport de Kuala Lumpur en février 2017. Le demi-frère du leader nord-coréen est mort après avoir reçu sur le visage un agent neurotoxique, considéré comme une arme de destruction massive.

« Un happy ending pour Doan »

La jeune accusée indonésienne avait été libérée le 11 mars après une décision surprise de la justice malaisienne laissant seule sa coaccusée vietnamienne devant les juges. Le mois dernier, le parquet avait rejeté la demande de libération de Doan Thi Huong et ordonné que le procès continue. Mais dans un nouveau revirement, le parquet a proposé lundi d’abandonner l’accusation de meurtre à son égard pour celle d’avoir infligé des blessures avec des armes dangereuses.

La femme de 30 ans, qui risquait précédemment la peine de mort, a plaidé coupable de ce nouveau chef d’accusation. Elle a été condamnée à une peine de prison de trois ans et quatre mois à partir de son arrestation en février 2017 qui devrait déboucher, avec les remises de peine, à une libération début mai.

L’avocat Hisyam Teh Poh Teik s’est réjoui d’un « happy ending pour Doan ». Son père, Doan Van Thanh, qui a assisté à l’audience a exprimé sa satisfaction. « Je vais donner une grande fête pour accueillir ma fille cadette à la maison », a-t-il déclaré à l’AFP.

Boucs émissaires

Kim Jong Nam, avait été un moment considéré comme un possible héritier du régime nord-coréen avant d’en être écarté et de se réfugier à Macao. La Corée du Sud avait accusé Pyongyang d’être derrière son élimination, ce que le régime nord-coréen a démenti fermement.

Les avocats des deux jeunes femmes les ont présentées au cours de leur procès comme des boucs émissaires, arguant que les enquêteurs n’avaient pas réussi à arrêter les véritables meurtriers alors que quatre suspects Nord-Coréens avaient réussi à fuir la Malaisie peu après les faits. Les deux femmes rejetaient les accusations pesant contre elles. Elles ont expliqué avoir été piégées par des agents nord-coréens et qu’elles pensaient participer à une farce pour un jeu télévisé.

L’Indonésie avait multiplié les initiatives diplomatiques au plus haut niveau en faveur de la libération de sa ressortissante. Après la libération surprise de Siti Aisyah, accueillie en grande pompe à Jakarta, le Vietnam a à son tour fait pression sur la Malaisie pour que Doan Thi Huong soit libérée.