Il est jeune, gay et polyglotte... Qui est Pete Buttigieg, le candidat démocrate qui monte?

ETATS-UNIS A 37 ans, le benjamin de la primaire veut faire de sa jeunesse un atout face aux 72 ans de Donald Trump

Philippe Berry

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Le maire de South Bend et candidat à la primaire démocrate, Pete Buttigieg, commence à se faire remarquer.
Le maire de South Bend et candidat à la primaire démocrate, Pete Buttigieg, commence à se faire remarquer. — Charles Krupa/AP/SIPA

Il va falloir apprendre à prononcer son nom : Buttigieg [BOUdè-djèdje] ou [Buddah-judge] en VO, dit très vite, mais surtout pas [buti-gigue]. Ou vous pouvez l’appeler « Mayor Pete ». A 37 ans, le maire de South Bend, une ville industrielle de l’Indiana, près de Chicago, est l’un des dix-sept candidats engagés dans la battle royale de la primaire démocrate. Inconnu du grand public il y a encore quelques mois, il a marqué des points sur le terrain ces dernières semaines et frémit dans les sondages – il pointe même en 3e position dans l’Iowa, où se tiendra le premier scrutin en février 2020. S’il a fort à faire pour déloger les poids lourds (Bernie Sanders, Elizabeth Warren, Kamala Harris – et Joe Biden s’il se décide), Pete Buttigieg semble promis à un bel avenir. Présentation.

Le plus jeune maire d’une ville de plus de 100.000 habitants

Elu à 29 ans à South Bend, dans l'Indiana, Buttigieg est devenu le plus jeune maire d’une ville de plus de 100.000 habitants. Le Washington Post l’a alors surnommé « le maire le plus intéressant dont vous n’ayez jamais entendu parler ». Il a fait du ménage dans la police municipale, rénové un centre-ville sinistré et été réélu avec 80 % des voix. Interrogé sur son manque d’expérience pour devenir président, il a récemment répondu, sans ironie : « J’ai plus d’expérience exécutive que Donald Trump lorsqu’il était candidat. »

Il est passé par Harvard et Oxford, et parle arabe, français et norvégien

Major de son lycée, diplômé avec les honneurs de Harvard, Pete Buttigieg a ensuite décroché une bourse pour étudier la politique et l’économie à Oxford. A 22 ans, il participe à la campagne de John Kerry comme conseiller puis part trois ans dans le privé, dans la société de conseil McKinsey & Company. Selon la BBC, qui cite son porte-parole, il parle sept langues étrangères : maltais (par son père), français, espagnol et italien (sa mère est linguiste) ; il a appris l’arabe et le dari en Afghanistan et s’est mis au norvégien pour lire l’auteur Erland Loe dans le texte, parce que why not. Après un post viral sur Twitter, des journalistes norvégiens l’ont interpellé cette semaine dans la langue de Bjorndalen, et il a répondu sans se démonter. Apparemment, avec un accent de l’Indiana mais avec niveau très correct.

Il a servi dans la Navy en Afghanistan

Officier de réserve, il a dû prendre un congé de sept mois pendant son mandat de maire pour servir en Afghanistan au sein d’une unité antiterroriste de la Navy. Petit message à Donald Trump, qui s’est fait réformer pendant la guerre du Vietnam : « Si je suis élu, je serai le président avec le plus d’expérience militaire depuis George Bush [père]. »

Pete Buttigieg à son retour d'Afghanistan en 2014.
Pete Buttigieg à son retour d'Afghanistan en 2014. - Greg Swiercz/AP/SIPA

Il est gay et croyant

Buttigieg a fait son coming out en 2015 et épousé son compagnon, un professeur de lycée très actif sur Twitter, en 2018. Il tente de faire le pont entre les générations, comme lors d’un town-hall (séance de questions-réponses avec des électeurs) sur CNN, il y a deux semaines : « Si vous êtes conservateurs et de l’ancienne génération, et que vous avez grandi avec la croyance que le mariage homosexuel est quelque chose de mal, moralement, le changement actuel peut donner le tournis. » Interrogé sur les vues religieuses ultraconservatrices du vice-président – et ancien gouverneur de l’Indiana – Mike Pence, le jeune maire a répondu en citant le Lévitique : « Mon interprétation des textes sacrés, c’est qu’ils nous appellent à protéger le pauvre et l’étranger. »

Un programme tourné vers l’avenir

S’il est élu, il serait le plus jeune président de l’histoire américaine. A l’instar d’Emmanuel Macron, il le présente comme un atout. « J’appartiens à la génération des fusillades de masse dans les écoles – j’étais au lycée quand le massacre de Columbine a eu lieu. J’appartiens à la génération qui a fourni le plus de troupes après le 11-septembre, à la génération qui va devoir vivre avec les conséquences du changement climatique. Et si rien ne change économiquement, on sera la première génération à gagner moins que nos parents. Nous sommes la génération qui a le plus en jeu [dans cette élection] », a-t-il argumenté sur le plateau de Stephen Colbert.

S’il n’a pas encore de programme officiel, on l’entend beaucoup parler de la réforme de la santé, de la lutte contre le changement climatique et de la menace de l’automation et de l’intelligence artificielle sur l’emploi. Lors de son tour d’Amérique, Mark Zuckerberg lui a d’ailleurs rendu visite en 2017.

Sa cote monte

Joe Biden et Bernie Sanders font la course en tête de la primaire démocrate, avec 29 et 19 % des intentions de vote, selon un sondage de l’université Quinnipiac publié mercredi. Derrière, Beto O'Rourke, qui a fait trembler Ted Cruz au Texas, est à 12 %, devant la sénatrice de Californie Kamala Harris, à 8 %. En un mois, Pete Buttigieg est passé de 1 % à 4 % et se trouve ex-aequo avec Elizabeth Warren en 5e position. Dans l’Iowa, le premier Etat à voter, Buttigieg est même sur la 3e marche du podium, à 11 %. Sa progression est particulièrement surveillée par l’ancienne éminence grise de Barack Obama, David Axelrod : « J’ai rarement vu un candidat aussi bien exploiter une opportunité télévisée que Pete Buttigieg sur CNN ce soir. Incisif, réfléchi et relatable [à qui l’on peut s’identifier]. Ses chances seront un peu moins infimes demain. » On a vu pire comme parrain.