Brexit: Theresa May s'engage à démissionner pour sauver son accord

BREXIT La Première ministre britannique l’a confié mercredi aux députés de son Parti conservateur

20 Minutes avec AFP

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Theresa May, Première ministre britannique, le 24 mars 2019.
Theresa May, Première ministre britannique, le 24 mars 2019. — Adrian DENNIS / AFP

La Première ministre britannique Theresa May a annoncé mercredi aux députés de son Parti conservateur qu’elle démissionnerait avant la prochaine étape de négociation sur le Brexit, selon un communiqué de ses services.

« Il y a le désir d’une nouvelle approche, d’un nouveau leadership » pour la prochaine phase des négociations du Brexit qui doit déterminer la future relation du Royaume-Uni avec l’UE, leur a-t-elle déclaré, selon ce communiqué. « Je n’y ferai pas obstacle », a-t-elle ajouté.

Un soutien à cet accord en échange d’une démission

En s’engageant ainsi à démissionner, Theresa May abat ce qui ressemble à sa dernière carte pour tenter de faire adopter le Traité de retrait de l’UE qu’elle a négocié pendant de longs mois avec Bruxelles. Cet accord a déjà été rejeté à deux reprises par les députés britanniques, en janvier et à la mi-mars, poussant la dirigeante conservatrice à demander aux dirigeants de l’UE un report de la date du Brexit, fixé désormais au plus tôt au 12 avril.

La pression s’est considérablement accrue ces derniers jours sur Theresa May, nombre de députés, conservateurs notamment, mettant en balance leur soutien à cet accord en échange d’une démission. Frustrés par le contenu du Traité de retrait, certains eurosceptiques réclament que la prochaine phase des négociations soit menée par une autre personne.

« Je suis prête à quitter ce poste plus tôt que prévu afin de faire ce qui est bon pour notre pays et notre parti », a ajouté Theresa May devant les députés conservateurs, auxquels elle avait déjà annoncé en décembre qu’elle ne mènerait pas la campagne pour les prochaines législatives, prévues en 2022.

Soutenir l’accord de Theresa May, de crainte que le Brexit n’ait finalement pas lieu

Le sacrifice de Theresa May sera-t-il suffisant, alors qu’il lui faut convaincre 75 députés pour faire passer son accord ? Il aurait en tout cas déjà convaincu l’ex-ministre des Affaires étrangères Boris Johnson ou Jacob Rees-Mogg, président de l’European Research Group (un groupe influent de 60 à 85 députés partisans d’un Brexit sans concession), de soutenir l’accord de Theresa May, de crainte que le Brexit n’ait finalement pas lieu.

Mais la partie n’est pas encore gagnée pour la Première ministre : son allié au Parlement, le parti nord-irlandais DUP, a annoncé qu’il n’avait aucune intention de voter pour son accord « toxique ». De son côté, Downing Street a répété mercredi que cet accord ne serait soumis à un nouveau vote qu’à la condition qu’il ait une chance « réaliste » d’être approuvé.

Les députés doivent aussi entériner le report de la date du Brexit, initialement prévu le 29 mars, après l’accord donné la semaine dernière par les dirigeants européens. Les 27 ont laissé à Theresa May le choix entre deux options. Soit l’accord est adopté et le report sera de courte durée, jusqu’au 22 mai. Soit l’accord est rejeté, et Londres aura jusqu’au 12 avril pour présenter une alternative et demander un nouveau report, qui impliquerait la tenue d’élections européennes dans le pays fin mai.

Les députés ont voté contre huit scénarios alternatifs

Si elle est encore loin de pouvoir garantir l’adoption de son accord, Theresa May a pu constater qu’aucune autre solution ne se dégageait au Parlement : lors d’une série de votes indicatifs, les députés ont voté contre huit scénarios alternatifs dans une atmosphère survoltée.

« Le pays nous regarde », a mis en garde, atterrée, la députée Anna Soubry, qui a récemment quitté le Parti conservateur. Parmi ces options, formulées par les élus, figuraient une sortie sans accord, un renoncement au Brexit ou encore l’organisation d’un référendum sur l’accord de divorce qui sera choisi.

Le ministre chargé du Brexit Steve Barclay en aussitôt conclu que ces votes « renforçaient » la position du gouvernement. « C’est pour cette raison que j’exhorte tous les députés, dans l’intérêt national, à soutenir l’accord de la Première ministre », a-t-il dit. Les députés ont aussi entériné mercredi le report de la date du Brexit, initialement prévu le 29 mars, après l’accord donné la semaine dernière par les dirigeants européens.