VIDEO. Tuerie au Mali: Le gouvernement met fin à une milice de chasseurs

CONFLIT Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a pris des sanctions au lendemain d’un massacre dans un village Peul, samedi, qui a fait quelque 130 morts dont des enfants

20 Minutes avec AFP

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Des femmes maliennes portent une pancarte
Des femmes maliennes portent une pancarte — ANNIE RISEMBERG / AFP

Le gouvernement malien a annoncé dimanche avoir mis fin aux activités d'une milice de chasseurs dogons et limogé les chefs de l'armée au lendemain du massacre de quelque 130 Peuls dans le centre du pays.

Cette tuerie, la plus sanglante depuis la fin des principaux combats de l'opération lancée en 2013, à l'initiative de la France, pour chasser les groupes djihadistes ayant pris le contrôle du nord du pays, s'est produite en pleine visite du Conseil de sécurité de l'ONU au Mali et au Burkina Faso voisin.

500 civils tués en 2018

Depuis l'apparition il y a quatre ans dans le centre du Mali du groupe djihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l'agriculture, qui ont créé leurs propres «groupes d'autodéfense». Ces violences ont coûté la vie à plus de 500 civils en 2018, selon l'ONU.

Le président Ibrahim Boubacar Keïta a réuni dimanche un Conseil des ministres extraordinaire «pour annoncer la dissolution de l'association (de chasseurs dogons) +Dan Nan Ambassagou+ pour dire clairement aux uns et aux autres que la protection des populations restera le monopole de l'Etat», a déclaré à la presse le Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga.

Soumeylou Boubeye Maïga a également annoncé «la nomination de nouveaux chefs militaires», après le limogeage du chef d'état-major général des armées, M'Bemba Moussa Keïta, et de ceux de l'armée de Terre et de l'Air. Le nouveau chef d'état-major des armées est le général Abdoulaye Coulibaly, selon un communiqué du gouvernement.

« Les enfants maliens paient le prix fort »

Les sanctions contre les chefs de l'armée surviennent aussi après une attaque jihadiste le 17 mars contre un camp de l'armée à Dioura (centre) au cours de laquelle 26 soldats avaient été tués.

Une délégation de plusieurs ministres, dont ceux de la Justice et de la Santé, et des responsables militaires, est arrivée en fin de matinée à Ogossagou-Peul, théâtre du massacre, dans la zone de Bankass, près de la frontière avec le Burkina Faso, selon un élu local.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'était déclaré dimanche «choqué et outré» par ce massacre évoquant un bilan d'au moins 134 civils tués.

Ce bilan de 134 morts, dans l'attaque survenue samedi à l'aube et imputée à des chasseurs dogons présumés, a également été avancé par l'association de défense des droits des populations pastorales Kisal et un élu local.

Des enfants «sont parmi les victimes», a affirmé dimanche le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) selon lequel «les enfants maliens paient le prix fort pour l'intensification de la violence dans le centre» du pays.

Une « attaque inédite mais prévisible »

«Depuis 2017, l'insécurité croissante a entraîné une augmentation des meurtres, des mutilations et du recrutement d'enfants. La violence contre les femmes et les filles est à la hausse», a dit l'Unicef.

L'Union européenne a appelé à des «mesures immédiates» dont «le désarmement et le démantèlement de l'ensemble des milices» dans le pays.

Cette attaque est «inédite» mais était «prévisible» à cause d'une faible présence de l'Etat, de la violence et de ses divers acteurs dans la zone, a affirmé à l'AFP Baba Dakono, chercheur à l'Institut pour les études sur la sécurité (ISS), basé à Bamako.

Dans le village, des corps étaient encore en train d'être ramassés dimanche, selon des témoins. Et des habitants des environs demandaient à être évacués, par crainte de nouvelles attaques, selon un élu local.