Venezuela: Nicolas Maduro accuse Juan Guaido de préparer son assassinat

CRISE Le président «officiel» et le président «par intérim» réunissaient tous les deux leurs troupes, samedi

R. G.-V. avec AFP

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En avril 2018, avant une élection présidentielle au Venezuela, Nicolas Maduro avait répondu durement à Emmanuel Macron qui s'inquiétait du bon déroulement des élections dans le pays.
En avril 2018, avant une élection présidentielle au Venezuela, Nicolas Maduro avait répondu durement à Emmanuel Macron qui s'inquiétait du bon déroulement des élections dans le pays. — Miguel Gutierrez/EFE/SIPA

Le président du Venezuela Nicolas Maduro a accusé samedi l’opposant Juan Guaido de préparer un complot pour l’assassiner, et a menacé de l’envoyer en prison. « Nous venons de déjouer un plan de la marionnette diabolique, qu’il dirigeait personnellement, pour me tuer », a affirmé Nicolas Maduro devant plusieurs milliers de ses partisans rassemblés à Caracas.

« Nous n’aurons pas peur d’envoyer ces délinquants en prison », a-t-il ajouté, en qualifiant de « groupe terroriste » le parti Voluntad Popular de Juan Guaido. Juan Guaido s’est autoproclamé président par intérim du pays le 23 janvier et a été reconnu comme tel par une cinquantaine de pays, dont les Etats-Unis. Deux mois plus tard, le Venezuela reste confronté à la plus grave crise de son histoire avec une économie au ralenti, une monnaie naufragée et des pénuries de tout.

Des « preuves »

Les deux « présidents » rivaux avaient convoqué samedi des rassemblements de leurs partisans, à Caracas « contre le terrorisme » pour Nicolas Maduro, à Barcelona (nord-est) pour Juan Guaido, qui a entamé une tournée du pays destinée, compte-t-il, à le mener « jusqu’à Miraflores » le palais présidentiel.

Le ministre de l’Information Jorge Rodriguez a affirmé à la télévision détenir des preuves selon lesquelles des « tueurs » recrutés au Salvador, au Guatemala et au Honduras « grâce à d’énormes sommes d’argent » ont été envoyés en Colombie voisine pour conduire des « assassinats sélectifs » et des « sabotages » des services publics vénézuéliens.

 

Pas de rupture entre Maduro et les militaires

Début mars, Juan Guaido bénéficiait de 61 % d’avis favorables contre 14 % pour Nicolas Maduro, selon une enquête de l’institut Datanalisis. « Un tel scénario était inimaginable en 2018 », reconnaît l’analyste Mariano de Alba. Mais, même « affaibli », Nicolas Maduro « a réussi à maintenir une cohésion étonnante dans l’adversité ». Surtout la forte mobilisation populaire et le soutien affirmé de Washington et de l’Union européenne à Juan Guaido, notamment, n’ont pas entamé la loyauté de l’armée envers le pouvoir.

La rupture entre l’armée et le pouvoir n’a pas eu lieu « parce qu’aucune offre crédible n’a permis à l’élite militaire de croire en la possibilité d’un changement » de régime sans risque, estime le président de Datanalisis, Luis Vicente Leon. Pour cet expert, penser que Nicolas Maduro ne partira que par la force encourage l’opposition à refuser toute forme de négociations pour « provoquer une fracture » : un scénario impopulaire selon lui, mais « toujours d’actualité » pour sortir de la crise.

Situation économique dramatique

En attendant le Venezuela s’enfonce un peu plus. Le 28 avril entrera en vigueur l’embargo sur les exportations de pétrole qui assurent 96 % du budget de l’Etat. « La situation économique va terriblement s’aggraver et la population subir une nouvelle dégradation de son niveau de vie », prévient Mario De Alba, qui annonce simultanément une « répression » accrue.

Pour Vicente Leon, le temps joue contre Nicolas Maduro avec le risque d’une « explosion sociale ». Mais le temps qui passe est aussi risqué pour Juan Guaido, car « plus le pays se détériorera, plus la patience de la population va s’émousser ».