Conférence nationale en Algérie: «Un échec signifierait l’instabilité, le désordre et peut-être la violence»

INTERVIEW Saad Khiari, spécialiste de l’Algérie à l’IRIS, explique ce à quoi devrait ressembler la conférence nationale pour sortir de la crise dans laquelle est plongé le pays depuis un mois

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

— 

La conférence nationale permettra
La conférence nationale permettra — Guidoum / PPAgency/SIPA
  • Les Algériens vont de nouveau descendre dans les rues, ce vendredi, un mois après le début d’une contestation sans précédent contre le pouvoir.
  • Ils réclament toujours le départ du président Abdelaziz Bouteflika, et n’acceptent pas la décision de ce dernier de repousser la présidentielle pour organiser une conférence nationale.
  • Saad Khiari, spécialiste de l’Algérie à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), estime la conférence nationale « incontournable » pour sortir de la crise.

Un mois après le début de la contestation historique qui secoue leur pays, les Algériens entendent rester mobilisés, avec de nouvelles manifestations prévues ce vendredi. La réponse d' Abeldaziz Bouteflika annonçant le report de l’élection présidentielle et l’organisation de la première grande conférence nationale est en effet toujours largement rejetée par l’opinion.

Cependant, pour Saad Khiari, spécialiste de l' Algérie à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), cette conférence nationale est « la seule formule démocratique qui implique la participation de l’ensemble des acteurs politiques » et qui pourrait permettre de sortir de la crise par le haut, comme il l’explique à 20 Minutes.

Qu’est ce que cette conférence nationale ?

C’est la réunion de toutes les forces vives du pays, particulièrement la société civile, et surtout les jeunes, trop souvent marginalisés, mais véritables acteurs du bouleversement actuel. Cette consultation générale doit permettre de faire connaître les problèmes des Algériens, leurs aspirations, leurs revendications, et les perspectives qui vont leur être proposées.

On voit que l’une des revendications est d’avoir un pouvoir plus horizontal, de redonner du pouvoir au peuple. Cette conférence nationale peut-elle y parvenir ?

Comme on le voit dans toutes les revendications démocratiques, les Algériens placent au centre de toutes les discussions la représentativité la plus grande et la plus complète. Par conséquent, la représentativité du peuple à travers des représentants élus démocratiquement. Comment y parvenir sans passer par la Conférence nationale ? C’est un incontournable. Est-ce qu’elle peut y arriver ? Il faut l’espérer pour l’Algérie et pour la stabilité dans la région.

Pourtant, cette conférence laisse sceptique d’un point de vue français. Est-elle une bonne solution pour calmer les manifestations et répondre à leurs revendications ?

Il n’y a pas « un point de vue français ». Il y a une multitude d’analyses qui ne sont pas toujours pertinentes, parce que le système politique algérien a toujours été verrouillé et il est par conséquent difficile de trouver des analyses pragmatiques.

La Conférence nationale reste pourtant la seule formule démocratique qui implique la participation de l’ensemble des acteurs politiques, à la condition qu’elle soit menée et supervisée par une équipe indépendante du pouvoir.

Justement, la comparaison avec le Grand débat national semble-t-elle pertinente ?

La comparaison avec le Grand débat national n’est pas tout à fait pertinente parce qu’il n’y a pas de violence en Algérie, parce que la mobilisation est générale, impressionnante, et qu’on y retrouve toutes les couches sociales, sauf bien entendu l’oligarchie et les tenants du capital. On notera la maturité des jeunes Algériens, l’esprit pacifique et leur sens des responsabilités

N’y a-t-il pas un risque que cette conférence soit un simple coup d’épée dans l’eau de la part du gouvernement ?

Est-ce que cette conférence sera un succès ? Personne ne peut répondre avec précision à cette question. En revanche, le gouvernement mais aussi le peuple algérien ont tout intérêt à réussir, de même que les pays de la région, parce qu’un échec signifierait l’instabilité, le désordre et peut-être la violence.