Etats-Unis: Une descendante d'esclaves attaque Harvard, l'accusant d'avoir exploité une photo de ses ancêtres

JUSTICE Tamara Lanier réclame à l'université la restitution immédiate des photographies et le remboursement des bénéfices réalisés grâce à ces photos

20 Minutes avec AFP

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La bibliothèque de l'université Harvard aux Etats-Unis
La bibliothèque de l'université Harvard aux Etats-Unis — WILLIAM B. PLOWMAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Une bataille judiciaire autour de clichés conservés dans un musée de la prestigieuse université américaine. Une femme a déposé plainte, ce mercredi, contre Havard, l’accusant d’exploiter « honteusement » des images d'esclaves, datées de 1850, qui seraient ses ancêtres.

Dans sa plainte de 24 pages déposée dans un tribunal de l’Etat du Massachusetts, Tamara Lanier explique être la descendante directe d’esclaves photographiés en 1850 en Caroline du Sud à la demande d’un professeur raciste de Harvard. Ces images, d’un esclave et de sa fille connus sous les seuls prénoms de Renty et Delia, passent pour les premières photographies connues d’esclaves noirs américains.

Havard accusé d’avoir « aseptisé » et « exploité » ces images depuis des décennies

Elles furent commandées par un célèbre biologiste de Harvard, Louis Agassiz (1807-1873), un Suisso-Américain connu pour ses travaux sur les glaciers mais aussi pour ses théories sur la supériorité des personnes blanches. Renty et Delia furent forcés de poser en partie dénudés, « sans dignité ni compensation », le professeur entendant par ces images « prouver l’infériorité biologique des Noirs », affirme Tamara Lanier, ex-contrôleuse judiciaire du Connecticut aujourd’hui retraitée.

Alors que plusieurs vieilles universités américaines ont reconnu ces dernières années leurs liens historiques avec l’esclavage, Tamara Lanier accuse l’université de Boston de ne pas faire acte de contrition pour ce « chapitre grotesque » de son histoire, et d’avoir « aseptisé » et « exploité » ces images depuis des décennies. Elle dénonce notamment un livre publié par Harvard en 2017, vendu 40 dollars, avec une photo de Renty en couverture, qui se présente comme un ouvrage sur l’utilisation de la photographie en anthropologie.

« Harvard perpétue la subversion systématique des droits des Noirs à la propriété »

En rejetant sa demande de récupérer les clichés, « Harvard perpétue la subversion systématique des droits des Noirs à la propriété » qui a commencé avec l’esclavage, affirme Tamara Lanier. En contestant ses liens de descendance avec Renty, ajoute-t-elle, « Harvard capitalise honteusement sur les dommages intentionnellement causés à la généalogie des Noirs américains par un siècle de politiques » de séparation des familles, d’effacement des noms de famille des esclaves, et d’analphabétisme forcé.

Tamara Lanier réclame à Harvard la restitution immédiate des photographies de Renty et Delia, la reconnaissance par Harvard que l’université s’est rendue « complice en perpétuant et en justifiant l’esclavage ». Elle demande aussi le remboursement des bénéfices réalisés grâce à ces photos, et des dommages et intérêts d’un montant non précisé. La direction de Harvard s’est refusée pour l’instant à tout commentaire, affirmant simplement ne pas avoir encore reçu la plainte.