VIDEO. Attentats de Christchurch: Qui est Jacinda Ardern, la Première ministre de Nouvelle-Zélande?

PORTRAIT Elue à la surprise générale en 2017, la Première ministre néo-zélandaise a partagé le deuil avec ses concitoyens après les attentats de Christchurch

Lucie Bras

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Jacinda Ardern, le 1er août 2017 alors qu'elle vient d'être élue cheffe de file du parti travailliste.
Jacinda Ardern, le 1er août 2017 alors qu'elle vient d'être élue cheffe de file du parti travailliste. — Marty MELVILLE / AFP
  • La semaine dernière, la Nouvelle-Zélande a été frappée par deux attentats commis par un suprémaciste blanc contre des musulmans.
  • La gestion du drame par la Première ministre Jacinda Ardern, 38 ans, a été saluée par de nombreux observateurs.
  • Elle a été élue à la tête de la Nouvelle-Zélande en 2017, seulement deux mois après avoir été élue cheffe de son parti.

C’est probablement l’une des images qui restera de cette tragédie. Jacinda Ardern, Première ministre néo-zélandaise, couverte d’un voile noir et doré, aux côtés des familles de victimes. Vendredi, deux attaques terroristes commises par un suprémaciste blanc dans deux mosquées de la ville de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, ont coûté la vie à 50 personnes. Dans ce pays qui ne soupçonnait pas la possibilité d’une telle attaque, sa gestion de la crise est saluée par de nombreux observateurs, même sur la scène internationale. Alternant les condamnations sévères et les messages de paix, Jacinda Ardern s’attache à rassembler une nation sous le choc. 20 Minutes a dressé son portrait.

« L’un des rôles que je n’avais pas anticipé ni espéré avoir un jour, c’est celui de faire entendre le chagrin de la nation. (…) Nous sommes un, ils sont nous, "tatau tatau" », a déclaré Jacinda Ardern face au Parlement, employant au passage les mots de la langue maorie pour adresser un message de solidarité aux musulmans de Nouvelle-Zélande. Une tribune pour la paix, qu’elle a ouverte avec l’expression arabe « salam aleikum » (« la paix soit avec toi »). Face à ceux qui mettent l’unité du pays en danger, elle n’a pas de mots assez durs. Au député critiquant ouvertement les musulmans, elle oppose le mot de « disgrâce ». Des leaders musulmans ont déclaré au Guardian que sa gestion de la crise avait persuadé la communauté que « la Nouvelle-Zélande est, et sera toujours, leur maison ».

Jacinda Ardern, la Première ministre de Nouvelle-Zélande lors de sa visite d'un centre pour réfugiés à Christchurch, le 19 mars.
Jacinda Ardern, la Première ministre de Nouvelle-Zélande lors de sa visite d'un centre pour réfugiés à Christchurch, le 19 mars. - OFFICE OF PRIME MINISTER OF NEW ZEALAND / AFP

Une heure pour se décider

Elle a juré de ne jamais prononcer le nom du terroriste auteur des attaques. « Vous ne m’entendrez jamais prononcer son nom », a-t-elle promis. Visage sombre, gestes d’affection, appels à la solidarité avec la communauté musulmane… La Première ministre s’est montrée proche des Néo-Zélandais en deuil. Si bien que son visage a supplanté celui du terroriste dans les médias, a relevé CNN.

Dès son arrivée à la tête du pays, en 2017, elle a déjoué tous les pronostics. Propulsée sur la scène politique nationale en août, elle remplace au pied levé – elle n’a eu qu’une heure pour se décider – le leader des travaillistes qui vient de démissionner. Pendant la campagne présidentielle, quand on lui demande si elle souhaite, à 37 ans, fonder une famille avec son compagnon, elle refuse de répondre aux questions. La maternité ne doit pas avoir de conséquence sur la carrière des femmes, avait-elle martelé. Son franc-parler et sa détermination sont payants. Le Labour passe de 25 % à plus de 40 % d’intentions de vote : c’est la « Jacindamania ». En octobre 2017, Ardern remporte l’élection.

Un enfant au bout d’un an de mandat

Son nom s’affiche à nouveau dans les médias internationaux un an plus tard, quand elle accouche d’une petite fille en juin 2018. C’est la deuxième cheffe de gouvernement dans le monde à avoir un bébé pendant son mandat, après la Pakistanaise Benazir Butto en 1990. Après l’annonce de sa grossesse, elle a affirmé que la naissance n’aurait pas de conséquence sur son travail, déclarant : « Je suis enceinte, pas handicapée. » Son mari, l’ex-présentateur de télévision Clarke Gayford est depuis devenu père au foyer et s’occupe à plein temps du « premier bébé de Nouvelle-Zélande ».

« Allez-vous vous marier ? », se risque à demander un reporter du New Zealand Herald. « Pourquoi ne l’appelez-vous pas pour le lui demander ? », a simplement répondu Ardern. Remplacée par son vice-premier ministre populiste Winston Peters, elle prend un congé maternité de six semaines, au terme duquel elle reprend le travail avec empressement. Quelques semaines plus tard, elle se rend à une assemblée générale de l’Onu avec sa fille âgée de trois mois, du jamais vu en politique.

« Intello acceptable », produit de l’Église et de l’Etat

Elevée à Murupara, dans une petite ville de l’île du Nord qui abrite 1.700 habitants, Jacinda Ardern grandit dans un milieu modeste. « Elle est le pur produit de l’Église et de l’Etat : sa famille est mormone et son père a passé 40 ans dans les forces de police », détaille le New Zealand Herald. Une religion qu’elle a abandonnée en 2000 à cause de ses enseignements contre l’homosexualité. Elle se décrit elle-même comme une « intello acceptable » (« acceptable nerd »). Depuis le lycée, elle s’essaye au DJ-ing et a fait plusieurs apparitions en club. En 2014, elle participe même au festival Laneway à Auckland, aux côtés de Beyonce et des Smashing Pumpkins.

A l’université, elle obtient une licence de communication et quitte son île pour New York, où elle travaille dans une ONG pour les droits des travailleurs. Elle est ensuite embauchée comme conseillère du cabinet de Tony Blair, ex-Premier ministre britannique, à Londres. De retour en Nouvelle-Zélande à 28 ans, elle se fait élire à la Chambre des représentants (le Parlement), devenant ainsi sa plus jeune membre.

De gauche, Jacinda Ardern est un fidèle soutien de la cause homosexuelle. La décriminalisation de l’IVG dans le pays, la légalisation du cannabis, le retour à l’université gratuite, ou la lutte contre la pauvreté font aussi partie de ses combats. Déjà comparée à Trudeau ou Macron, elle est issue d’une jeune génération qui dépoussière la politique. Sans perdre sa lucidité. « Je suis constamment soucieuse de faire des erreurs », avait-elle expliqué au magazine Next en juin 2017. « Tout dans la politique semble si fragile. Juste comme ça [elle claque des doigts] tu peux trébucher et c’est pour ça que tu seras toujours connu. » Avec le drame de Christchurch, Jacinda Ardern a réussi à éviter la chute, inscrivant un peu plus son mandat dans l’histoire du pays.