Attentat de Christchurch: Les premières victimes inhumées lors d'une émouvante cérémonie

NOUVELLE-ZELANDE Des centaines de personnes se sont rassemblées mercredi matin dans un cimetière proche de la mosquée Linwood, la deuxième attaquée par le suprémaciste blanc qui a abattu 50 fidèles lors de la prière de vendredi

M.C. avec AFP

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Zaid Mustafa, 13 ans, assiste le 20 mars 2019 aux funérailles de son père Khalid et de son frère Hamza, tous les deux tués dans les attentats de Christchurch. Lui-même a été blessé dans la fusillade.
Zaid Mustafa, 13 ans, assiste le 20 mars 2019 aux funérailles de son père Khalid et de son frère Hamza, tous les deux tués dans les attentats de Christchurch. Lui-même a été blessé dans la fusillade. — Mark Baker/AP/SIPA

Ils étaient arrivés il y a un an en Nouvelle-Zélande, dans l’espoir d’y retrouver la paix après les années d’horreur du conflit en Syrie. Un réfugié syrien et son fils ont été mercredi les premières victimes des attentats de Christchurch à être inhumées lors de funérailles émouvantes dans la ville néo-zélandaise, qui se prépare à plusieurs journées de déchirants adieux.

Des centaines de personnes se sont rassemblées mercredi matin dans un cimetière proche de la mosquée Linwood, la deuxième attaquée par Brenton Tarrant, le suprémaciste blanc australien de 28 ans qui a abattu 50 fidèles lors de la prière de vendredi, un massacre qu’il a filmé et diffusé en direct sur Facebook.

C’est là que se sont déroulées les funérailles de Khalid Mustafa, 44 ans, et de son fils Hamza, 15 ans, qui ont été tués dans la mosquée al-Nour. Khalil et son épouse avaient également une fille et un garçon. Celui-ci, âgé 13 ans et prénommé Zaid, a été blessé dans la fusillade et assistait dans un fauteuil roulant aux funérailles.

 

Frustration des familles devant la lenteur de l’identification des victimes

Jamil El-Biza, un habitant de la région de Sydney venu spécialement pour les funérailles, a confié à l’AFP que Zaid avait déclaré, devant les tombes de son père et de son frère : « Je ne devrais pas me tenir devant vous. Je devrais être allongé à côté de vous. » Parmi les fidèles venus prier, figurait aussi Abdul Aziz, un réfugié afghan considéré comme un héros pour avoir tenté de s’opposer au tueur, et qui a été chaleureusement embrassé par de nombreuses personnes présentes.

Le début des funérailles permet aussi de répondre à la frustration grandissante des familles des victimes. La coutume musulmane veut que les morts soient enterrés le plus rapidement possible, généralement dans les 24 heures suivant le décès, mais les inhumations ont été repoussées en raison du lent processus d’identification et des investigations médico-légales.

Les autopsies des 50 victimes ont été menées mais « seules 12 victimes ont été identifiées » formellement à ce stade, et « six parmi les victimes identifiées ont été rendues à leur famille », a indiqué mardi la police qui a promis de mener à bien sa tâche aussi vite que possible alors que des dizaines de familles de victimes arrivent du monde entier à Christchurch en vue des funérailles.

« C’est un terroriste. C’est un criminel. C’est un extrémiste »

Javed Dadabhai, venu d’Auckland pour enterrer son cousin, a expliqué que les proches avaient été avertis par les autorités que « le processus serait très lent, très exhaustif ». Le commissaire Mike Bush a dit espérer que la majorité des dépouilles soient restituées avant mercredi soir. « Il serait impardonnable de rendre à une famille le mauvais corps », a-t-il dit dans un communiqué.

Mercredi, la Première ministre Jacinda Ardern a effectué une visite à la Cashmere High School, où étaient scolarisés Hamza et Zaid. L’établissement a perdu un autre élève, Sayyad Milne, 14 ans. Quand un étudiant lui a demandé ce qu’elle ressentait, la Première ministre a répondu : « Je suis triste. » La veille, elle avait adressé un fort message de solidarité aux musulmans et promis de ne jamais prononcer le nom du tueur des mosquées, qui a justifié le massacre dans un « manifeste » raciste et islamophobe.

Devant le Parlement réuni en session spéciale, elle avait déclaré que le tireur tomberait sous le coup de la loi « dans toute sa rigueur ». « Par cet acte terroriste, il recherchait beaucoup de choses, mais l’une d’elles était la notoriété », a-t-elle dit à Wellington. « C’est pourquoi vous ne m’entendrez jamais prononcer son nom. C’est un terroriste. C’est un criminel. C’est un extrémiste. Mais quand je parlerai, il sera sans nom ». Dans la foulée du carnage, Jacinda Ardern avait annoncé un durcissement de la législation sur les armes qui a permis au tueur d’acheter l’arsenal ayant servi à l’attaque.